Zoom sur les nouveaux accords sur les salaires et les conditions de travail chez les constructeurs américains (1/2)

Les négociations en vue du renouvellement des accords pluriannuels sur les salaires et les conditions de travail des ouvriers américains des trois constructeurs de Detroit ont pris fin le 20 novembre, avec la ratification des accords conclus chez General Motors et Ford. Elles ont abouti plus de quatre mois après le coup d’envoi officiel donné en juillet, et soixante-sept jours après la date d’expiration des anciens accords, le 14 septembre. Ces négociations sociales, menées avec l’UAW - le syndicat américain des ouvriers de l’automobile -, sont cruciales pour la compétitivité future des constructeurs. Les nouveaux accords, d’une durée de quatre ans comme les précédents, concernent environ 142 000 ouvriers, dont 36 600 chez Fiat Chrysler, 52 700 chez General Motors et près de 53 000 chez Ford. Le plus généreux est celui qui a été conclu chez Ford. Les négociations de 2016 se sont conclues sans grèves ni blocages dans les usines, mais le processus de ratification a été long et ardu. Le premier accord conclu chez Fiat Chrysler le 15 septembre a été rejeté, ce qui marquait une première dans les négociations chez les constructeurs de Detroit depuis 1982. Les deux parties sont retournées à la table des négociations et ont scellé un deuxième accord le 7 octobre qui a été accepté à une large majorité (77 %). L’UAW s’est ensuite tourné vers General Motors, avec lequel il a conclu un accord le 25 octobre. Là encore les ouvriers se sont montrés divisés. L’opposition d’une majorité des ouvriers qualifiés a conduit à de nouvelles discussions, et l’accord a au final été accepté. L’accord conclu en dernier lieu entre Ford et l’UAW le 6 novembre est le seul à avoir été ratifié sans délai ou nouvelles négociations, mais avec une courte majorité (51,4 %).Le Detroit Free Press note que les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans les négociations cette année et sont devenus le principal forum d’information pour une nouvelle génération d’ouvriers. Ils ont comblé un manque d’informations, d’explications et de détails de la part de l’UAW. Des ouvriers y ont exprimé leur frustration et leur méfiance à l’égard des dirigeants du syndicat.L’épineux dossier dans les négociations était celui de la double grille de salaires introduite en 2007 pour aider les constructeurs qui se trouvaient alors en difficulté. Grâce à ce système, Fiat Chrysler, Ford et GM emploient plus de 40 000 ouvriers qui sont payés entre 15,78 et 19,28 dollars de l’heure, alors les ouvriers qui ont de l’ancienneté gagnent 28 dollars. Les trois constructeurs ayant renoué avec les bénéfices, le syndicat avait annoncé que ses priorités cette année seraient de réduire l’écart de salaires entre les nouveaux embauchés et les anciens et d’obtenir une hausse de salaire pour ces derniers.

Frédérique Payneau