Volkswagen réinvestit le marché des véhicules polycarburant avec la Golf

Le président de Volkswagen Group France, Jacques Rivoal, annonçait il y a quelques semaines « étudier la pertinence d'une offre E85 pour le marché français ». C'est finalement la marque Volkswagen qui a décidé de se lancer avec son modèle phare, la Golf. « Au plus tard en septembre, nous ajouterons la Golf 1.4 TSI flexfuel [fonctionnant à l'essence et à l'E85 pour 85 % d'éthanol] à notre catalogue. Elle sera rapidement suivie de la Golf SW et la Golf Sportsvan avec la même motorisation », indique Arnaud Barral, directeur de Volkswagen France. Il s'agit de modèles aux normes Euro-6 déjà commercialisés en Suède et en Suisse.

Pour la France, les prix de la future Golf polycarburant n'ont pas encore été définis, mais il s'agira « de la rendre plus compétitive que les véhicules diesel », souligne M. Barral, qui entend les intégrer dans la gamme « business » de Volkswagen. Une stratégie pertinente dans la mesure où les véhicules fonctionnant à l'E85 présentent une alternative économiquement intéressante aux véhicules diesel et à essence. Ils bénéficient d'abord d'un abattement de 40 % sur les émissions de CO2 (avec un plafond de 250 g/km), ce qui leur permet de ne pas être touchés pas un malus. Surtout, les sociétés peuvent récupérer 80 % de la TVA sur le superéthanol E85 pour un VP et 100 % pour un VUL. Enfin, l'E85, peu sensible aux variations du prix du pétrole, est vendu en moyenne 0,80 euro/litre, ce qui lui permet de rester plus compétitif que l'essence malgré son plus faible rendement énergétique (la surconsommation est d'environ 20 % par rapport à l'essence). Les véhicules « flexfuel » entrent par ailleurs dans le champ des modèles « à carburant alternatif » (avec les GPL, le GNV, les carburants de synthèse ou encore l'hydrogène). Or, à compter de 2017, l'Etat et les collectivités territoriales devront renouveler une partie de leur parc avec des véhicules « à faibles émissions » et/ou à carburants alternatifs.

Si elles seront bien entendu vendues aux particuliers, les Golf polycarburant devraient donc participer à l'objectif de Volkswagen de revenir cette année à 8,5 % de pénétration sur le marché des entreprises (contre 7,4 % en 2014). « Nous avons l'e-Golf, la Golf GTE (hybride rechargeable) et nous complétons maintenant notre offre avec la Golf flexfuel. Nous pouvons ainsi apporter une réponse à chaque type de besoin », se félicite M. Barral.

La décision de Volkswagen France est une bonne nouvelle pour les producteurs de bioéthanol qui, après avoir été encouragés à investir par le gouvernement, ont vu peu à peu les distributeurs et les constructeurs se désintéresser de cette offre. Pourtant, la France s'est engagée sur un objectif d'un taux d'incorporation de 7 % de biocarburants dans les carburants fossiles (en valeur énergétique). Or le seul E10 (10 % d'éthanol dans l'essence) ne sera pas suffisant pour atteindre cet objectif. Ce dernier devra donc passer par une hausse de la consommation d'E85 (1 % du marché de l'essence aujourd'hui). Les distributeurs de carburants, sur lesquels pèse la menace économique de la TGAP, l'ont bien compris et commencent à réinvestir dans l'installation de pompes E85. A fin avril, on comptait 600 stations proposant de l'E85 (contre moins de 400 à fin 2013), ce qui représente 6 % des stations françaises. Reste que l'offre de véhicules était jusqu'ici réduite à quelques rares modèles. A lui seul, le Jeep Grand Cherokee domine le marché du polycarburant avec 63 immatriculations depuis le début de l'année (sur 65 immatriculations de VP « flexfuel »). L'arrivée d'une marque généraliste sur ce marché avec un modèle clé (45 % des volumes de Volkswagen dans ses trois carrosseries) pourrait donc lancer un signal fort et encourager davantage encore les distributeurs et les constructeurs à réinvestir dans ce type de carburant, explique AUTOACTU.COM (27/5/15).

Alexandra Frutos