Véhicules autonomes, la mutation de l'industrie ?

En annonçant le lancement, dès 2020, d'une voiture autonome, intégralement gérée par ordinateur, Nissan confirme sa volonté d'être à la pointe des évolutions en matière de comportements urbains. "Je m'engage à présenter la voiture autonome, une révolution technologique, dès 2020 et nous sommes en bonne voie pour y parvenir", a indiqué Carlos Ghosn, président de Nissan, soulignant que le véhicule "pourra être vendu à un prix raisonnable". Nissan n'est pas le seul à travailler sur cette nouvelle technologie, puisque Google a lui aussi développé en 2010 un système de pilotage autonome installé sur la Google Car ; une Google Car a même été immatriculée et roule sur les routes du Nevada depuis l'an dernier. Google n'a cependant pas communiqué d'horizon sur ce projet. "Carlos Ghosn a la volonté de se préparer à ces évolutions plus que les autres, notamment les constructeurs allemands ou américains qui se satisfont des usages actuels", observe Bernard Jullien directeur du Gerpisa (Groupe d'Etude et de Recherche Permanent sur l'Industrie et les Salariés de l'Automobile).

Il s'agit également de se prémunir contre l'irruption de nouveaux acteurs. Car, s'il n'y a que Google dans le cas de la voiture autonome, ils sont nombreux dans la voiture connectée au sens large. Toutefois, tirer profit de ces évolutions prendra du temps. "La mise en application de telles ruptures nécessite l'engagement de tout un écosystème", souligne M. Jullien. "Dans le cas de la voiture autonome, il faudra repenser tous les droits et les assurances autour de l'automobile", ajoute-t-il. En clair, les assureurs devront reconnaître qu'il y a des accidents sans responsable. D'ailleurs, Nissan met en avant les "six millions d'accidents par an aux Etats-Unis, qui coûtent 160 milliards de dollars", tout en précisant que "93 % des accidents aux Etas-Unis sont dus à une erreur humaine".

L'acceptation de ces évolutions technologiques sera cependant difficile. Les simples régulateurs de vitesse ont déjà causé bien des soucis juridiques aux constructeurs. Andy Palmer, l'un des vice-présidents de Nissan, a précisé à ce sujet que le challenge n'était pas technologique, mais "réglementaire". Certains Etats, comme la Californie, ont déjà franchi le pas de la législation de ces véhicules. Mais il est également impératif que les constructeurs accordent leurs normes de fabrication afin de prévoir la future cohabitation de leurs véhicules sans chauffeur sur les routes.

PRES DE 100 MILLIONS DE VEHICULES AUTONOMES EN 2035 ?

Le cabinet Navigant Consulting abonde dans ce sens. Sur la base des technologies de semi-autonomisation de la conduite, qui s’immiscent d’ores et déjà dans les nouveaux modèles VP, le cabinet d’experts Navigant Consulting estime que les véhicules autonomes représenteront, dès 2035, 75 % des ventes mondiales, soit 95,4 millions de véhicules autonomes à cette date, contre moins de 8 000 en 2020. Pour expliquer cette prévision, Navigant Consulting regarde l’offre d’aujourd’hui. "La combinaison de fonctions avancées, telles que le régulateur de vitesse adaptatif, le freinage d’urgence automatique et l’avertisseur de franchissement involontaire de ligne, se retrouve sur certains modèles qui arrivent dès 2014", explique l’étude "Autonomous Vehicles", qui donne une définition élargie du véhicule autonome.

La question de la responsabilité ? et de la sécurité ? reste cependant au c’ur de ces prévisions, faisant peser des incertitudes sur la percée de ces véhicules. Comme le rappelle l’étude, pour un niveau d’autonomisation optimal, "la principale barrière réside dans les dispositions légales. Dans de nombreux pays, un conducteur doit pouvoir prendre le contrôle à tout moment".

Entre semi-autonomisation et autonomisation, quelle technologie s’imposera ? Pour l’heure, il n’y pas vraiment de réponse. Selon Navigant Consulting, il faudra regarder du côté de la région Asie-Pacifique, qui devrait concentrer près de 50 % de ce nouveau marché.

Juliette Rodrigues