La révolution de l'hydrogène est-elle en marche chez Toyota ?

Les dirigeants de Toyota se souviennent qu’en 1997, quand ils avaient lancé au Japon la Prius, nombre d’analystes s'étaient montrés dubitatifs devant ce modèle hybride combinant un moteur essence conventionnel et un moteur électrique alimenté par une batterie. La gamme s’est pourtant imposée, toutes catégories confondues, comme l’une des plus populaires dans le pays et domine encore aujourd’hui le marché mondial des véhicules dits propres.

Le mois dernier, le constructeur a dévoilé à Tokyo sa première voiture grand public alimentée par une pile à combustible, convaincu que cette nouvelle technologie va, à son tour, bouleverser le marché automobile mondial. "Avec cette voiture, nous inaugurons une nouvelle période de diversité", a résumé Mitsuhisa Kato, vice-président exécutif de Toyota. Cherchant à s’ouvrir à un marché de masse, Toyota a annoncé qu’il allait commercialiser sa nouvelle berline "propre" au Japon fin 2014 ou début de 2015, au prix d’environ 7 millions de yens, soit 50 500 euros. Le véhicule sera lancé quelques mois plus tard dans certains pays européens et aux Etats-Unis. Le groupe espère que le gouvernement japonais, puis d’autres institutions sur les autres marchés, subventionneront partiellement l’acquisition de ces véhicules non polluants.

Le concept FCV, qui préfigurait le modèle de série, avait été présenté au Salon de Tokyo en fin d'année dernière. Le modèle que Toyota va proposer l'an prochain est censé afficher des performances et une autonomie comparables à celles d'une voiture à essence. "Le plein se fait en trois minutes environ et l'autonomie atteint 700 km", argue le constructeur japonais. "L'hydrogène est une ressource alternative particulièrement prometteuse puisqu'il peut être produit à partir de diverses énergies primaires, y compris solaire et éolienne", ajoute Toyota, qui espère vendre chaque année des dizaines de milliers de voitures à hydrogène au cours de la prochaine décennie.

Cette efficience théorique risque toutefois de se heurter aux manques de stations proposant des pompes à hydrogène. "Les infrastructures seront l’un des plus grands défis dans les premières années", reconnaît Mitsuhisa Kato, qui presse le gouvernement et les géants locaux de l’énergie de développer rapidement un réseau de stations de recharge.

Convié à la présentation de la nouvelle berline à hydrogène de Toyota, le représentant du gouvernement japonais a laissé entendre que l’exécutif allait tout faire pour la populariser dans le pays. Un programme de subventions à l’achat, dont les contours financiers ne sont pas totalement arrêtés, devrait être déployé à la fin de l’année. Honda, qui va également lancer en 2015 une voiture alimentée à l’hydrogène, bénéficiera aussi du coup de pouce public.

Dans son programme, le Premier ministre Shinzo Abe estime d’ailleurs que le prix de ces véhicules devrait tomber à environ 2 millions de yens (15 000 euros) à l’horizon 2025, grâce à un système de primes et de rabais fiscaux. Les autorités ont, enfin, promis de contribuer financièrement à la mise en place d’un réseau de stations-service distribuant de l’hydrogène. L’Etat en prévoit une centaine d’ici au printemps 2016 dans les grandes mégapoles du pays.

Juliette Rodrigues