Toyota City, capitale d'un empire automobile, retrouve le moral

Toyota, fleuron de l'industrie automobile japonaise, a réalisé des bénéfices records l'an passé, un soulagement pour Toyota City, ancienne ville de Nagoya (centre du Japon) initialement spécialisée dans le textile, après des années de tumulte. L'agglomération de 422 000 habitants, autrefois nommée Koromo, a accueilli dès 1938 la première usine de Toyota. S'étendant sur 495 000 m2, elle a démarré son activité avec 5 000 ouvriers.

Désormais, le groupe compte sept sites de production à Toyota City et trois autres dans les environs, sur un total de 12 au Japon. Ce sont près de 70 000 personnes qui travaillent pour Toyota dans la région, souvent de père en fils. Malgré les efforts de diversification, l'économie locale reste extrêmement dépendante de Toyota. A la tête d'un cortège de loyaux fournisseurs, Toyota est également un grand propriétaire foncier, présent dans l'immobilier, le tourisme, l'assurance ou encore la gestion de crèches. "Quand Toyota tousse, c'est toute la ville qui s'enrhume", a-t-on coutume de dire, un dicton particulièrement vrai pendant la crise de 2008-2009 suivie de la douloureuse affaire des rappels aux Etats-Unis en 2010.

Le constructeur a alors dû se séparer de milliers d'employés temporaires, tandis que les recettes fiscales de Toyota City provenant des sociétés ont plongé (de 49 milliards de yens en 2007, soit 376 millions d'euros, à 3,4 milliards en 2010). Aujourd'hui, Toyota affiche des profits historiques, et la ville a retrouvé optimisme et couleurs, avec de nouveaux projets municipaux parrainés par Toyota.

Entre le 1er avril 2014 et le 31 mars 2015, Toyota a dégagé un bénéfice net de 2 173 milliards de yens (16,7 milliards d’euros), dépassant des prévisions qu’il avait pourtant relevées à deux reprises. Le résultat d’exploitation a lui aussi atteint des niveaux records, s’envolant de 20 %, à 2 750 milliards de yens (20,5 milliards d'euros), grâce à "des effets de change favorables et des efforts de réduction des coûts". Ces éléments "ont permis de compenser des facteurs négatifs, tels que de moindres ventes de véhicules et des dépenses accrues pour renforcer notre compétitivité", a expliqué le président du groupe Akio Toyoda. Le chiffre d’affaires, dopé par la dépréciation du yen, est ressorti en hausse de 6 %, à 27 234 milliards de yens (202,6 milliards d’euros). Toyota a écoulé 8,97 millions de voitures (marques Toyota et Lexus) sur la période, contre 9,11 millions l’année précédente. En incluant les mini-véhicules Daihatsu et les poids lourds Hino, le total s’établit à 10,16 millions d’unités.

Pour l’exercice en cours, Toyota prévoit un bénéfice net de 2 250 milliards de yens (+ 3,5 %, 18 milliards d’euros) et un gain opérationnel de 2 800 milliards de yens (+ 1,8 %, 20,8 milliards d'euros). Ses ventes devraient cependant de nouveau marquer le pas en volume, pour des recettes en hausse modérée de 1 %, à 27 500 milliards de yens (204,6 milliards d'euros).

Après l’euphorie de ces deux derniers exercices, "nous sommes à la croisée des chemins", a déclaré M. Toyoda. "Allons-nous réussir à maintenir une croissance durable, ou alors revenir en arrière malgré tous les efforts réalisés jusqu’ici", s’est-il interrogé, faisant référence aux réformes lancées sous son égide.

Juliette Rodrigues