Thaïlande : Les raisons du succès du secteur automobile

Le secteur automobile connaît un véritable boom en Thaïlande. Le royaume occupe la première place en Asie du Sud-Est et se situe à la 7e place des exportateurs mondiaux. Ce succès s'analyse au regard des mesures incitatives prises par le gouvernement après les catastrophiques inondations de 2011.
Novembre 2011, l'image est encore dans toutes les mémoires en Thaïlande : celle de zones industrielles du centre du pays submergées par des crues record. Les constructeurs de véhicules, notamment japonais, ont payé un lourd tribut à ce désastre climatique. Les dégâts se chiffraient à plusieurs milliards d'euros. Moins de deux ans plus tard, le secteur a retrouvé un large sourire.

Selon la Fédération de l'industrie automobile thaïlandaise (FTI), les ventes de véhicules dans le royaume ont augmenté de 37 % sur les quatre premiers mois de l’année, à 501 000 unités, avec notamment une hausse de 42,3 % en février et de 41,4 % en mars, ce qui devrait permettre au marché d’enregistrer pour l’ensemble de 2013 un nouveau volume record.

La production de véhicules en Thaïlande a augmenté de 34,3 % en mars, à 256 231 unités, portant le volume pour les trois premiers mois de 2013 à 721 460 unités, en hausse de 44,5 %, ajoute la FTI, qui prévoit toutefois un niveau de 640 791 unités pour le deuxième trimestre, en baisse de 11,2 % par rapport au premier trimestre. La FTI table sur une production automobile totale de 2,5 millions d'unités en 2013 (contre 2,45 millions en 2012). La Thaïlande se place dans le top 10 des pays producteurs mondiaux, devant la France (1,6 million de véhicules en 2012). Les exportations de véhicules ne sont pas en reste, puisqu'elles ont progressé de 14,4 % en mars, franchissant pour la première fois le seuil des 100 000 unités (102 742), et de 28,7 % sur trois mois, à 283 966 unités. Avec 1 million de voitures exportées tous les ans, la Thaïlande se place ainsi au 7ème rang mondial des pays exportateurs d'automobiles.

Ces hausses spectaculaires sont dues à tout sauf au hasard selon, The Economist. D'après l'hebdomadaire, le secteur automobile en Thaïlande bénéficie depuis la crise financière de 1997 d'une dérégulation qui favorise son développement. Les firmes étrangères n'ont pas besoin de trouver un partenaire thaïlandais pour venir produire dans le royaume. Les impôts sur les sociétés ont baissé, passant de 30 à 20 %. Ce taux est moins élevé que celui en vigueur en Indonésie, au Vietnam et en Malaisie. Des avantages sont également offerts pour les constructeurs qui se lancent sur le marché des ?voitures vertes’.

Après les inondations de 2011, le gouvernement a en outre pris des mesures pour relancer la consommation. Il a notamment offert un crédit d'impôt aux Thaïlandais qui souhaitent acquérir un premier véhicule. La mesure a favorisé indéniablement les achats sur le marché intérieur. En 2012, la Thaïlande est devenue le 1er marché automobile d'Asie du Sud-Est avec 1,44 million de véhicules vendus. A terme, le royaume devrait perdre cette première place dans l'ANSEA au profit de l'Indonésie, au potentiel plus grand (242 millions d'habitants), avec peut-être le risque que des constructeurs étrangers, jusqu'ici installés en Thaïlande, ne se déplacent chez le voisin indonésien.

Néanmoins, selon une étude du Boston Consulting Group, la Thaïlande est mieux placée que l'Indonésie en termes de compétitivité, de coût du travail, d'infrastructures, d'environnement des affaires, d'avantages fiscaux, etc. Le secteur automobile a donc encore de beaux jours devant lui dans le royaume. Seule véritable ombre au tableau : dans un pays où le plein emploi est de mise, le manque de main-d'oeuvre pourrait devenir vite problématique.

Juliette Rodrigues