Tesla, un petit constructeur qui veut jouer dans la cour des grands (2/2)

Chouchou des médias américains et des marchés financiers, Tesla attire également l’attention de ses pairs. Nissan, qui a vendu beaucoup plus de véhicules électriques, salue sa réussite et considère qu’il sert le marché des véhicules électriques dans son ensemble. General Motors, qui a été à l’avant-garde avec la Chevrolet Volt électrique à prolongateur d’autonomie, craint d’être distancé et a récemment mis en place un groupe de travail pour étudier son petit concurrent.

Il est vrai que Tesla est le premier constructeur de niche, spécialisé dans les véhicules électriques, à connaître le succès et il veut accélérer sa croissance en élargissant son offre et son assise géographique. Il prévoit de lancer deux nouveaux modèles à court terme : un tout-terrain de loisir baptisé Model X, annoncé pour la fin de cette année, et une berline dénommée « Gen III », plus petite et bien plus abordable que la Model S (elle coûtera 35 000 dollars), en 2016. Tesla espère vendre environ 40 000 voitures en 2014 en prenant pied sur de nouveaux marchés, dont la Chine, puis le double en 2015, lorsque le Model X sera produit en série.

Mais M. Musk a de bien plus grandes ambitions. Il a annoncé vouloir vendre 500 000 voitures par an dans le monde d'ici à la fin de la décennie ? dont 250 000 aux Etats-Unis -, ce qui représenterait une croissance jamais vue dans l’industrie automobile. Il projette également de construire une immense usine de batteries avec un partenaire pour couvrir ses besoins et prévoit d’enrichir considérablement son offre. La plateforme de la berline compacte Gen III devrait donner naissance d’ici à 2020 à un véhicule métis, à un modèle sportif et à un cabriolet. Un pick-up, basé sur une autre plateforme, est en outre envisagé. M. Musk a par ailleurs annoncé son ambition de produire une voiture autonome d’ici à 2016.

Pour passer du statut actuel de constructeur de niche à celui de constructeur à grands volumes, Tesla devra relever d'importants défis. Il devra convaincre des acheteurs sceptiques que sa technologie ne les laissera pas en plan, financer une plateforme dont pourront être dérivés de nombreux modèles, étendre considérablement son réseau de distribution et d’entretien (il compte actuellement 31 points de vente et d'entretien dans le monde) et multiplier sa production par vingt. Tesla devra par ailleurs réduire les coûts des batteries qui représentent aujourd'hui une grande partie du prix de la Model S. Ses projets d'expansion nécessiteront d'importants investissements. Les experts estiment le seul coût de développement de la plateforme Gen III entre 800 millions et 2 milliards de dollars si tous les modèles prévus voient le jour. Il faudra aussi financer la plateforme du pick-up et l'usine de batteries envisagée. « Nous avons beaucoup de travail à faire. Nous ferons de notre mieux pour que ça marche. Je pense que nous y arriverons [...]. Mais il y a un risque que nous échouions », a déclaré M. Musk. Ce dernier suscite respect et admiration dans le monde automobile, mais nombre de dirigeants du secteur se demandent si ses ambitions ne sont pas démesurées.

Frédérique Payneau