Sylvain Allano (PSA) évoque la mobilité urbaine de demain

Dans un entretien accordé à AUTOACTU.COM (16/7/14), Sylvain Allano, directeur scientifique et technologies futures de PSA, évoque la vision de ce qu’il appelle « la mobilité 3D ». « Si nous nous concentrons sur ce qu’il se passe aujourd’hui, nous constatons que l’explosion démographique en zone urbaine pose déjà un problème de congestion des villes. La mobilité individuelle assurée par l’automobile devient de plus en plus difficile. C’est vrai pour nos grandes villes françaises, c’est encore plus sensible dans les grandes métropoles chinoises. Or, les différentes études prospectives montrent que ce phénomène va s’accélérer avec une encore plus forte concentration de la population en ville. Face à la saturation des routes, il existe bien la solution des deux ou trois roues pour conserver sa mobilité individuelle, mais l’automobile reste le mode de déplacement majeur. Certains gouvernements nous demandent donc déjà de travailler sur la réduction de notre empreinte au sol. Pour autant, la mobilité terrestre risque de trouver ses limites. Or, si on lève la tête, on peut trouver un nouvel espace formidable de mobilité : le ciel. Selon moi, la mobilité en ville de demain utilisera la complémentarité entre véhicules terrestres et engins volants. C’est ce que nous appelons au sein de PSA la Mobilité 3D », explique-t-il.

« Je parle d’engins qui peuvent voler bas, à 300 ou 400 mètres d’altitude, qui peuvent présenter une faible empreinte environnementale et qui ne sont pas bruyants. Si nous prenons ces trois paramètres, l’une des solutions pourrait être le dirigeable. Il ne s’agirait pas là d’un mode de transport individuel mais d’un mode de transport collectif qui présente l’avantage de pouvoir s’arrêter à tout moment, contrairement à un avion. On peut très bien imaginer l’utilisation de dirigeable pour transporter des gens habitants en banlieue vers l’hyper centre de Paris. Mais il n’y a pas que les engins volants. Utiliser l’espace aérien pour décongestionner les routes peut se faire autrement. On pourrait par exemple utiliser davantage les téléphériques et beaucoup d’urbanistes s’y intéressent. L’installation d’un téléphérique sur le plateau de Saclay est d’ailleurs envisagée.
Avec le téléphérique, nous pourrions en plus assurer une mobilité individuelle en imaginant qu’à la place des cabines actuelles, les gens utilisent des petits véhicules à roues pouvant s’accrocher et se détacher du câble pour retrouver la route quand ils le souhaitent. Nous sommes là dans un scénario prospectif mais tout à fait réalisable », ajoute-t-il.

« L’enjeu est de savoir si nous pouvons adresser cette question de la mobilité 3D en utilisant des technologies issues de l’automobile. Aujourd’hui, notamment sous la pression réglementaire, les recherches et développement de notre industrie s’orientent vers des technologies permettant de créer les conditions à l’émergence de la mobilité 3D. Chez PSA, parmi nos priorités dans notre programme de recherche, une concerne la réduction des émissions de CO2, l’autre le véhicule autonome et connecté. Or, les développements qui en découlent ou qui en découleront peuvent être utilisés en vue de cette mobilité du futur. Prenons à nouveau l’exemple du dirigeable. Pour porter 1 kg, un dirigeable a besoin d’1 m3 de gaz. Or, un dirigeable 2 places pèserait au moins 300 kg. Aujourd’hui, le gaz utilisé est l’hélium et, même s’il est recyclable, il coûte cher. La question de l’allègement central aujourd’hui pour l’automobile est donc tout aussi essentielle pour les dirigeables. Avec les matériaux composites que nous commençons à utiliser dans nos véhicules, nous pourrions créer la charpente du dirigeable. Il pourrait également être propulsé avec nos moteurs électriques et utiliser nos interfaces homme machine. Demain, l’industrie pourrait donc produire des composants pour les véhicules terrestres et ce type d’engins volants », estime M. Allano.

Le dirigeant explique qu’il y a une convergence de plus en plus forte entre les industries automobile et aéronautique. « L’industrie automobile est devenue rapidement une industrie de masse concentrée sur une logique de production de volumes à faibles coûts, tandis que l’industrie aéronautique est longtemps restée axée sur la technologie, sans problématique de production à forte cadence. Aujourd’hui ce n’est plus le cas ; il y a une forte convergence entre ces deux secteurs qui s’enrichissent de leur savoir-faire respectif. L’aéronautique a besoin du savoir-faire industriel de l’automobile. L’automobile a besoin du savoir-faire technologique de l’aéronautique, notamment pour l’allègement et les interfaces homme-machine (IHM) pour le pilotage automatique. Je suis convaincu qu’à l’avenir nous aurons des technologies génériques pour les deux secteurs », déclare-t-il.

« Je pense que le scénario d’une complémentarité entre usage des routes et du ciel pour assurer la mobilité dans les villes est réaliste dans un horizon de 20 à 30 ans. Et la période de transition entre l’organisation de notre mobilité actuelle et de celle que nous avons évoquée sera rapide », conclut enfin M. Allano.

Alexandra Frutos