Ségolène Royal annonce des « tests aléatoires » sur des voitures en France

La ministre de l'Ecologie Ségolène Royal a annoncé le 24 septembre la mise en place d'une commission indépendante qui mènera des « tests aléatoires » sur une centaine de voitures en France, pour s'assurer qu'elles respectent les normes d'homologation, dans la foulée du scandale Volkswagen.

A l'issue d'une table ronde avec des représentants des constructeurs commercialisant des voitures dans l'Hexagone, Mme Royal a affirmé qu'il était « primordial que les autorités françaises puissent garantir, à la demande même des industriels ici présents, que les véhicules mis en circulation en France respectent la réglementation en vigueur ». « Concernant toutes les questions que se posent les propriétaires de véhicules aujourd'hui, ce que les constructeurs ici présents m'ont assuré, c'est qu'aucun dispositif de fraude n'équipe les constructeurs français », allusion au type de programme électronique que le groupe allemand Volkswagen a reconnu avoir installé sur 11 millions de véhicules diesel.

« Pour résister à cette crise, il faut apporter des preuves aux consommateurs. Des constructeurs m'ont proposé un test aléatoire sur des véhicules tirés au sort, dans une première étape sur une centaine de véhicules », des tests effectués « par une commission indépendante », a expliqué la ministre. « Cette commission va se mettre très rapidement en place » et comptera des représentants du laboratoire d'homologation Utac-Ceram, des chercheurs indépendants, ainsi que des associations de défense des consommateurs ou encore d'organismes gouvernementaux, a-t-elle énuméré. Dans une « démarche de totale transparence », cette commission « pourra accéder à tout » chez les constructeurs, a promis Mme Royal, de l'intérieur des usines aux logiciels de gestion moteur.

Le président du Comité des constructeurs français d'automobiles Patrick Blain a réaffirmé le 24 septembre que ces derniers « n'avaient en aucun cas fraudé ?à la Volkswagen’ », mais a reconnu qu'il fallait que ces assertions soient démontrées de façon indépendante.

Son homologue à la tête de la Csiam (Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle), Thierry Archambault, a indiqué que ses adhérents apporteraient « leur entière collaboration » pour que les soupçons puissent être lavés. « A ma connaissance, il n'y a pas de dispositif de fraude » dans les voitures des constructeurs étrangers vendues en France, a-t-il ajouté.

Les véhicules tirés au sort, contrôlés avec l'approbation de leurs propriétaires, seront « de toutes [les] marques » vendues dans le pays, a pour sa part précisé Laurent Benoît, président de l'Utac-Ceram. Ces véhicules seront « essayés sur le cycle d'homologation classique » en laboratoire, puis sur route, a-t-il précisé, ce qui neutraliserait un éventuel système de triche déclenché par un capot ouvert ou des roues ne braquant pas. « On verra tout de suite [...] les véhicules qui ont des écarts très significatifs », a promis M. Benoît.

Mme Royal a de son côté relevé que cette crise mettait « en lumière la crédibilité des procédures de contrôle » du respect des normes par les constructeurs, et a souhaité qu'une « réforme rapide » de ces procédures ait lieu au niveau européen. Il se prépare justement au niveau européen un nouveau cycle d'homologation appelé « WLTP » à l'horizon 2017, plus sévère que l'actuelle procédure qui remonte aux années 1970 et qui est, de l'avis même des constructeurs, dépassée. Il s'agira notamment de reproduire plus fidèlement les conditions réelles de circulation. Volkswagen a triché aux tests américains en adaptant automatiquement la gestion électronique des moteurs lors des inspections. « Ces réglementations n'ont plus aucune raison d'attendre », a plaidé Mme Royal, en espérant que les « résistances européennes » à la mise en place des nouvelles procédures cèderont face à la crise actuelle.

A moins de deux mois de l'ouverture de la conférence internationale COP 21 sur le climat à Paris, Mme Royal a aussi jugé qu'il fallait « saisir l'opportunité de cette crise pour accélérer les investissements dans les transports propres », tout en saluant les constructeurs d’automobiles français, qui ont fait selon elle « énormément d'efforts » pour réduire les émissions de CO2. « Je ne voudrais pas, parce qu'un constructeur d’automobiles a gravement fraudé, que la suspicion soit jetée sur tous les industriels », a-t-elle insisté. (AFP 24/9/15)

Alexandra Frutos