Russie, Brésil: trous d'air pour les nouveaux "Eldorado" automobiles (1/2)

De la crise géopolitique en Russie aux revers économiques du Brésil, plusieurs marchés automobiles encore vus il y a peu comme de nouveaux "Eldorado" sont en pleine tourmente, mais restent des valeurs sûres à long terme, affirment des experts. Le Mondial de l'Automobile qui a ouvert ses portes au public samedi à Paris a lieu au moment où les acheteurs chinois continuent à tirer la croissance du secteur, et où le marché européen reprend quelques couleurs, après cinq ans de marasme dans la foulée de la crise de 2008.

Parallèlement, d'autres débouchés majeurs subissent de graves revers, à commencer par la Russie. L'intervention de Moscou en Ukraine a provoqué des sanctions des Etats-Unis et de l'Union européenne, ayant entraîné une chute du rouble et un renchérissement des importations. Face à l'incertitude économique, les consommateurs russes se sont en outre mis à retarder les grosses dépenses, d'autant que les taux d'intérêts ont augmenté. Après un juillet noir (- 22,9 % par rapport à 2013), les ventes d'automobiles neuves ont continué à plonger en août (- 25,8 %).

Le premier constructeur automobile russe, AvtoVAZ, a vu ses ventes baisser de près d'un tiers en août. Alors que cette implosion du marché a coïncidé pour l'Alliance Renault-Nissan avec sa prise de contrôle majoritaire dans AvtoVAZ, Carlos Ghosn, président de l'Alliance, a récemment reconnu que son groupe suivait "de très près ce qui se passe en Russie parce que nous avons des enjeux majeurs". Plusieurs constructeurs implantés en Russie ont dû suspendre leur production en septembre, comme Skoda. Ford, de son côté, a réduit ses effectifs en Russie de 1 500 personnes depuis janvier, a expliqué Stephen Odell, président de Ford Europe. "La plupart des observateurs prédisaient un marché russe à plus de 3 millions d'unités, peut-être 3,3 millions, et ce sera sans doute un million d'unités de moins", a estimé M. Odell. "La situation en Russie s'est détériorée au-delà de nos prévisions. Mais le marché russe, au rythme actuel, reste équivalent au marché britannique en volume", a-t-il fait valoir en promettant que son groupe continuerait à investir pour gagner des parts de marché. Opel a quant à lui annoncé une importante restructuration et veut réduire d'un tiers le nombre des salariés de l'usine de Saint-Pétersbourg (500 sur 1 600). "Nous croyons au potentiel à long terme de la Russie, mais les volumes et les prix sont en ce moment sous forte pression", a indiqué à la mi-septembre le président d'Opel, Karl-Thomas Neumann, justifiant ces mesures par la nécessité de "réduire le risque et maintenir le cap". Le haut de gamme n'est pas épargné. Daimler (Mercedes-Benz) enregistre des ventes en hausse sur ce marché mais sa progression ralentit, et le numéro un mondial du premium, BMW, y subit une baisse des ventes de près de 8 % sur les huit premiers mois de l'année.

La Russie avait aiguisé les appétits des constructeurs en mal de débouchés pendant la crise. Après plusieurs années de croissance spectaculaire, ce pays était même devenu le deuxième marché européen après l'Allemagne.

Juliette Rodrigues