Recul des ventes en Inde : un signal inquiétant pour les géants du secteur ? (2/2)

Après dix ans de course folle, le marché automobile indien est en panne. "Les gens ne perçoivent pas les bons signaux dans cette économie, des signaux qui les pousseraient à acheter une voiture", déclare Deepesh Rathore, analyste chez IHS Automotive. "Ils brident leurs dépenses non nécessaires. Les gens en bas de la pyramide, amateurs de petits modèles, soit la plus grosse part du marché, n'achètent plus à cause d'une économie faible", ajoute-t-il. L'autre grande économie asiatique, la Chine, devenue premier marché automobile mondial en 2009, ne connaît pas la crise. "Elle se trouve régulièrement à court de capacités de production alors qu'en Inde, les constructeurs ont un excès de capacités", observe en outre M. Rathore.

Seul segment épargné, celui des véhicules tout terrain de loisir (SUV), prisés des classes moyennes supérieures à la recherche d'une voiture reflétant le statut de son propriétaire et suffisamment robuste pour protéger les passagers sur les routes indiennes, très meurtrières. Ainsi, Renault, dont l'impact était jusqu'ici très modeste, a dans ce contexte tiré son épingle du jeu en dépassant le seuil des 50 000 voitures vendues en 2012-2013, un bond spectaculaire comparé aux 1 500 unités écoulées un an plus tôt, notamment grâce au succès de son 4x4 Duster. Renault avait fait une première tentative d'implantation en Inde via une société commune avec Mahindra pour fabriquer la Logan, lancée en 2007. Mais les ventes n'avaient pas atteint le succès escompté et Renault s'était désengagé en 2010 de ce partenariat, pour revenir un an plus tard.

Le marché indien est encore largement dominé par Maruti Suzuki, même si des marques étrangères telles que General Motors et Toyota commencent à se tailler une part du gâteau dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants. Maruti a vu ses ventes annuelles progresser de 4,4 % en 2012-2013, à 1,05 million d'unités. Les autres marques ont souffert : les ventes de Fiat ont chuté de 57 %, celles de Volkswagen de 16 % tandis que Ford a perdu 17 % et General Motors 20 %.
Le président de la Siam, S. Sandilya, a estimé que 2013/14 devrait être meilleure, disant tabler sur une croissance du marché automobile indien de l'ordre de 3 % à 5 %.
"L'an dernier a été une mauvaise année, il n'y a aucun doute là-dessus, mais nous espérons que les choses iront mieux grâce à des initiatives du gouvernement qui ont été annoncées pour stimuler la croissance", a-t-il fait valoir.

Toutefois, la plupart des experts et des industriels sont aujourd'hui d'avis que les prévisions faites il y a 2 ou 3 ans pour le marché indien, portant pour certaines sur un marché totalisant les 9 millions d'unités d'ici à 2020, sont totalement irréalistes. "Je ne crois pas que cet objectif sera atteint à cette date. Les choses ont beaucoup changé en peu de temps", déclare R.C. Bhargava, président de Maruti Suzuki.

Juliette Rodrigues