Quand les équipementiers japonais renforcent leur présence en Europe

Alors que les constructeurs d’automobiles et équipementiers européens cherchent à s’internationaliser pour réduire leur dépendance à ce marché qui a durement souffert de la crise, on observe un mouvement inverse de la part d’entreprises étrangères qui procèdent à des investissements en Europe.

Le spécialiste japonais des tissus et matériaux composites Toray a ainsi annoncé mi-décembre l'acquisition de l'activité européenne de fibre de carbone du fabricant italien Saati, ce qui lui permet de renforcer sa présence sur le Vieux Continent à tous les stades de l'élaboration de cette matière particulièrement prisée dans l'automobile et l'aéronautique. Le montant de la transaction n'a pas été dévoilé, mais selon l'agence Kyodo, elle s'élèverait à plusieurs milliards de yens (ou millions d'euros). Cette opération permet à l’entreprise nippone de « prendre part au marché de la fibre de carbone pré-imprégnée (de résine) en Europe », une matière qui se situe à un échelon « intermédiaire » du processus d'industrialisation de la fibre de carbone pour des utilisations diverses, explique-t-elle dans un communiqué. Toray couvre donc désormais l'ensemble de la chaîne, de la fabrication de PAN (polyacrylonitrile), matière première de la fibre de carbone, en France, à celle du plastique renforcé de fibre de carbone en Allemagne. « L'activité de Saati s'est développée rapidement ces dernières années en tant que client de Toray », en particulier dans l'automobile de luxe, explique le groupe, qui espère étendre son influence « au-delà de l'Europe ».

De la même façon, le spécialiste japonais des micro-moteurs Nidec a annoncé, en décembre également, un accord pour le rachat du fabricant de pompes d'automobiles allemand Geräte-und Pumpenbau (GPM), pour un montant non précisé. Fondé en 1939, GPM est présenté comme un des premiers fournisseurs sur le marché européen des pompes à huile comme à eau, ainsi que des modules de pompes. Il compte plus de 1 000 salariés et a réalisé un chiffre d'affaires de 265,9 millions d'euros en 2013.

A travers cette opération (évaluée par le quotidien Nikkei à 40 milliards de yens, soit 270 millions d'euros), Nidec dit vouloir « accélérer le changement de son modèle économique vers des activités à haute valeur ajoutée ». « Avec la tendance actuelle à réduire les émissions de CO2, les fabricants d'équipements se concentrent de plus en plus sur le développement et la production de véhicules hybrides et électriques ou à essence dotés d'un dispositif d'arrêt-démarrage automatique du moteur », explique le groupe japonais dans un communiqué. Dans ce contexte, il s'attend à « une expansion significative de la demande » de pompes mécaniques à débit variable et électriques.

Nidec grossit au fil des acquisitions qu'il multiplie depuis une dizaine d'années. Dans le secteur automobile, il a notamment racheté en 2006 une activité de moteurs électriques et d'actionneurs de Valeo. L’entreprise, qui compte 100 000 employés dans le monde, a réalisé un chiffre d’affaires de 875 milliards de yens (6 milliards d'euros) lors de l'année budgétaire bouclée fin mars 2014.

Alexandra Frutos