Production automobile : le rêve sud-américain s'effondre

La production automobile en Amérique latine va revenir cette année au même niveau qu’en 2007. En perte de vitesse, les constructeurs taillent dans leurs effectifs, indiquent LES ECHOS. En 2015, les sept pays producteurs (Brésil, Argentine, Chili, Colombie, Equateur, Uruguay et Venezuela) ne devraient assembler que 3,4 millions de véhicules, soit 1 million de moins qu’en 2013, selon les données du cabinet IHS.

Au Brésil, les ventes de voitures ont encore chuté de 32 % au mois de mai, à 175 671unités. L’ANFAVEA (Association nationale des constructeurs d’automobiles) a révisé au mois de juin, pour la deuxième fois de l’année, sa prévision pour le marché automobile, qui est attendu en chute de 20,6 % ? contre 13,2 % jusqu’à présent ?, tandis que la production devrait baisser de 17,8 %, au lieu des 10 % anticipés en début d’année. "?Il y a trois ans, on voyait le marché brésilien à 4 millions de voitures en 2015", explique Carlos Gomes, directeur de la zone Amérique latine chez PSA Peugeot Citroën. "On se dirige finalement vers un marché autour de 2,7 millions de véhicules cette année". En Argentine, l’hémorragie entamée en 2014 n’en finit pas. IHS s’attend pour 2015 à une baisse de la production de 11,6 %, alors même que celle-ci avait déjà chuté 21 % en 2014.

Les constructeurs sont confrontés à une série de mauvaises nouvelles. Au Brésil, la conjugaison d’un environnement économique dégradé ? le pays table sur un recul de 1,1 % de son PIB pour 2015 ?, d’une inflation galopante et de taux d’intérêt élevés découragent les acheteurs. De plus, "?les voitures sont devenues plus chères à l’achat, du fait de l'obligation de les équiper d'ABS et d'airbags" ? et de la baisse des aides gouvernementales’", indique Augusto Amorim, analyste d’IHS. En Argentine, la restructuration de la dette du pays et la dévaluation du peso ont également plombé le marché.

Ce cocktail se ressent fortement sur les comptes des constructeurs. Au premier trimestre, Fiat Chrysler Automobiles a basculé dans le rouge en Amérique latine, avec une perte de 65 millions de dollars et des revenus en baisse de 21 %. Quant à Ford et General Motors, ils perdent tous deux de l’argent dans la région. Enfin, Volkswagen (? 17,6 % de ventes sur le premier trimestre dans la zone) et Renault (? 22,9 %) sont aussi très impactés.

Pour s’adapter, tous les constructeurs resserent leurs coûts. Ainsi, depuis janvier, l’industrie brésilienne a coupé 6 300 emplois, selon l’ANFAVEA. General Motors a abaissé ses capacités de 100 000 unités au Brésil, soit 17 % de moins, et a licencié pas moins de 3 500 salariés. Plus largement, c’est la compétitivité même de la zone qui est remise en cause, notamment au Brésil, qui a été dépassé en 2014 par le Mexique en termes de volume de production. "?Le Brésil a des impôts élevés, les salaires y sont généreux avec beaucoup d’à-côtés comme le treizième mois, les infra-structures logistiques ne sont pas encore optimales et le coût de l’énergie vient d’augmenter?", résume Augusto Amorim.

En outre, le mix produits est peu rentable ? au Brésil, les petites voitures "?populaires" constituent 40 % du marché ? et le recours à des sous-traitant locaux moins chers reste limité du fait de la faiblesse du tissu fournisseur. "?A long terme, on y croit parce que les taux d’équipement restent assez bas", positive toutefois Carlos Gomes. "D’ici là, il faudra serrer les dents. La classe moyenne va continuer à se développer et elle va vouloir accéder à des véhicules mieux équipés".

Juliette Rodrigues