Pirelli et la Chine : coup de poker ou coup de maître ? (1/2)

Le passage sous pavillon chinois, annoncé le 22 mars, du groupe Pirelli a provoqué la polémique en Italie. Pour Romano Prodi, ancien président du Conseil italien, il s'agit encore d'un coup dur pour la politique industrielle italienne, ultime séquence d'une série de transferts de fleurons industriels à des capitaux étrangers.

Mais pour Marco Tronchetti Provera, qui règne depuis 23 ans sur Pirelli, cet accord permet de faire rempart contre les prédateurs en évitant le démantèlement du groupe, indiquent les ECHOS. La vente de Pirelli au conglomérat chinois ChemChina a d'ailleurs reçu la bénédiction discrète de Matteo Renzi, actuel président du Conseil italien. "C'est un bon accord pour Pirelli : c'est un peu comme s'ils héritaient de la Caisse des Dépôts chinoise comme actionnaire de référence", résume aujourd'hui un des principaux artisans de l'opération. "ChemChina ne connaît pas bien le secteur et n'a pas vraiment de management structuré. Pour les équipes dirigeantes de Pirelli, c'est donc l'assurance de garder les commandes opérationnelles et aussi de faire un grand saut sur le marché du "truck" (autocars, matériel agricole?), où le groupe italien est encore peu présent (25 % de ses 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires)".

"La tête et le coeur restent en Italie", martèle de son côté le PDG de Pirelli, tout en assurant que l'accord avec ChemChina n'aura aucun impact négatif sur l'emploi (37 000 salariés en 2014). Le dirigeant estime que cette transaction est "unique en son genre" et beaucoup plus avantageuse qu’une fusion entre pairs, qui aurait été vouée selon lui à l’échec, citant des tentatives passées de ses concurrents Goodyear et Sumitomo ou Bridgestone et Firestone. Avec ChemChina, "il n'y a pas de conflit (...) Ca me paraît équilibré", ajoute M. Tronchetti Provera. "ChemChina nous aide à stabiliser la structure de l’actionnariat du groupe en regardant vers l’avant, afin que Pirelli reste un acteur du marché et ne devienne pas une proie", a-t-il insisté. Au final, les discussions avec ChemChina auront duré près de quatre ans.

Négocié dans le plus grand secret par un bataillon de banques d'affaires (Lazard, Rothschild, JP Morgan, Banca Leonardo?), l'accord annoncé le 22 mars a le mérite de la clarté. China National Tire & Rubber Company (CNRC), bras armé de ChemChina (China National Chemical Corporation) dans le secteur des pneus, va reprendre les 26,2 % détenus dans Pirelli par le holding de tête italien, Camfin, pour 1,8 milliard d'euros, avant de lancer une OPA sur l'ensemble des titres en circulation en septembre, explique l'AFP. A 15 euros par action, l'offre valorise Pirelli à 7,1 milliards d'euros, hors endettement de 1 milliard d'euros à fin 2014.

Juliette Rodrigues