Pininfarina n'arrive pas à signer avec un repreneur, la fin d'une icône ?

Pininfarina a mené durant des mois des pourparlers avec le groupe indien Mahindra & Mahindra en vue d'une reprise, indiquent les ECHOS. Mais 4 des 13 banques créancières du carrossier italien, qui gèrent le plan de restructuration de sa dette depuis fin 2008, auraient rejeté l’offre indienne, car elle supposait d'annuler la moitié de la dette du designer (87 millions de dollars). D'autres repreneurs potentiels tels que le fonds britannique Cheyne Capital ont été écartés, tout comme, beaucoup plus en amont, Tata, BAIC ou Bolloré.

Chroniquement déficitaire depuis une dizaine d’années, Pininfarina, qui n’emploie plus que 677 personnes contre 3 000 en 2009, témoignait en mars dernier d’une situation plus fragile que jamais. "Il est improbable que le groupe atteigne en 2015 le niveau d'excédent brut d’exploitation requis dans le plan de rééchelonnement conclu en 2012", prévenait l’entreprise, anticipant un résultat opérationnel négatif et une aggravation de sa dette nette (- 45 millions d’euros fin 2014). En outre, la perte affichée au premier trimestre de 2015 n’a rien arrangé.

Un repreneur serait synonyme de capitaux frais et de nouvelles opportunités commerciales. Mais pour certains, le passage sous pavillon indien aurait résonné comme une triste fin pour le dernier des "grands couturiers" automobiles italiens, qui aura tout au long de son existence dessiné plus de 1 000 modèles différents, souvent inoubliables, en plus d'avoir fabriqué environ 250 d’entre eux, dans ses propres usines.

"Aujourd’hui, la liberté technique des designers a disparu, on ne fait plus que des détails sur les futures voitures, les volumes restant les mêmes d’un modèle à l’autre. Mais jadis, on pouvait explorer beaucoup plus de choses, et les Farina (l’ancien nom de famille du clan turinois) ont profité à 200 % de cet âge d’or", déclare Gérard Welter, ancien patron du style de Peugeot, qui fut souvent mis en concurrence avec le spécialiste italien et garde, malgré cela, un souvenir admiratif de ses voyages à Turin. "Nous étions concurrents, mais en très bons termes. On a beaucoup appris des Farina, ils faisaient très bien certaines choses, comme ces maquettes entièrement tapées en tôle sur trois bouts de bois : à chaque fois, un truc formidable".

Pourtant, même Pininfarina s'est vu contraint de se diversifier (même si l’automobile pèse encore 80 % de son chiffre d’affaires) vers d’autres formes de design, comme l’architecture intérieure, des cabines de bateaux, ou encore, plus récemment, la cabine des prochaines rames Eurostar. De plus, la saga industrielle et familiale a brutalement pris fin en août 2008, lorsque Andrea Pininfarina, qui avait succédé à son père Sergio huit ans plus tôt, perdait la vie dans un accident de la route à 51 ans. Son frère Paolo, précédemment en charge du design hors automobile, a repris le flambeau, mais face à ce coup du sort et une lourde dette, la famille fondatrice s’est vite résolue à céder le contrôle, et à laisser le pool bancaire évaluer le cas d’un possible repreneur.

Juliette Rodrigues