PSA compte réduire de 15 % à 20 % ses coûts logistiques

Les objectifs de rationalisation et d’efficacité déterminés par le plan Back in the Race de Carlos Tavares n’échappent pas à l’après-vente. En France, le réseau agréé n’intervient que sur 28 % du parc de PSA et les ventes de pièces du constructeur ne couvrent que 40 % de son marché potentiel. Et « ce constat d’érosion de parts de marché est le même dans les autres marchés européens », déplore Patrick Ferreira, directeur pièces et services France. En conséquence, le constructeur travaille depuis un an sur une révision en profondeur de sa stratégie après-vente et de sa clé de voûte, la distribution. PSA a en effet décidé de révolutionner son système de distribution historique en mettant en commun la distribution des pièces des marques du groupe (Peugeot, Citroën et Eurorepar). A ce premier changement majeur s’ajoute la nomination de plateformes qui seront désormais les seules à assurer la distribution en local aux réparateurs agréés et indépendants. Le dispositif logistique français de PSA, qui sera décliné partout en Europe, passera donc de ses actuels 400 concessionnaires ayant une activité pièce monomarque (DO PR) à un maximum de 50 plateformes multimarques. Le constructeur se donne environ six mois pour étudier les candidatures de ses filiales et des distributeurs qui souhaitent faire partie du dispositif. PSA devrait néanmoins conserver les 15 plateformes existantes dans les réseaux Peugeot et Citroën (6 en propre, 9 créées par des membres du réseau). Pour les autres distributeurs, la perte d’activité pièces devra être compensée. « Nous sommes en train de réfléchir avec les réseaux à la création d’un nouveau business model », indique Xavier Duchemin, directeur du commerce France de Peugeot. « Aujourd’hui, 65 % des ventes du réseau sont faites à l’extérieur et sont peu rentables. Mais la marge que gagnent les concessionnaires sera trouvée ailleurs, et notamment en atelier, grâce à ce nouveau schéma logistique », souligne M. Ferreira.

Le nouveau modèle de distribution doit en effet permettre au réseau de cesser de perdre des clients par manque de disponibilité des pièces et/ou pour un problème de dépositionnement tarifaire. La disponibilité est d’ailleurs le talon d’Achille du réseau en après-vente. Si le centre logistique de Vesoul présente bien un taux de service de 95 %, localement ce taux redescend à 70 %. « Avec le nouveau schéma logistique, nous visons un gain de 15 points de taux de service (à 85 %) vers les réparateurs agréés et indépendants avec une promesse de deux voire trois livraisons par jour », indique Philippe Narbeburu, directeur du commerce France de Citroën et DS. « Le service est le nerf de la guerre sur le marché de l’après-vente. Plus que le prix, la disponibilité des pièces est l’argument majeur pour ne pas perdre un client (notamment un client BtoB) », renchérit M. Duchemin.

Grâce à une rationalisation et à une meilleure gestion des stocks par les plateformes, générant une amélioration du taux de service (et de la rotation des stocks, qui passera de 60 à 40 jours en moyenne), PSA espère réduire de 15 % à 20 % ses coûts logistiques. Or, ces gains devraient faciliter la révision de la politique tarifaire du groupe pour qu’il soit mieux positionné (en tarif public ou pour la rémunération des prescripteurs).

« Nous avons pour double objectif d’améliorer la rentabilité de la filière et la compétitivité de notre offre. Le travail sur la distribution est un levier, l’amélioration des coûts de revient en est un autre », indique Xavier Duchemin. La baisse des coûts de revient vise en premier lieu la gamme de pièces multimarques du groupe, Eurorepar. Aujourd’hui, principalement distribuée en France (pour plus de 80 %), cette gamme devient mondiale et sa gestion est d’ailleurs désormais confiée à une nouvelle Business Unit au périmètre monde dirigée par Nuno Zigue. « Cela nous oblige à élargir la couverture de la gamme et les volumes qui en découleront doivent nous permettre de bénéficier d’un effet d’échelle », note M. Ferreira. En France, comme en Europe, l’élargissement de la gamme et son meilleur positionnement tarifaire devraient également convaincre les candidats à l’entrée dans le réseau Euro Repar Car Services (né de la fusion entre les deux enseignes multimarques de Peugeot et Citroën, Motaquip Car Services et Eurorepar). Or, l’enjeu est de taille puisque les adhérents à la nouvelle enseigne doivent s’engager sur un volume minimum d’achats (ce qui n’était pas le cas pour les enseignes précédentes) de 10 000 euros par productif et par an. En France, le constructeur vise 1 400 sites. La gamme Euro Repar doit également permettre à PSA et ses réseaux primaires de reprendre des parts de marché sur le parc des plus de quatre ans avec des offres plus compétitives. « Nous travaillons par exemple sur des contrats de maintenance pour les véhicules d’occasion avec des pièces Euro Repar », précise Philippe Narbeburu. PSA a sinon déjà mis en place plusieurs mesures permettant de conserver les clients de ses marques dans son réseau. Depuis plusieurs mois, Peugeot et Citroën offrent notamment l’assistance panne et accident. En faisant cadeau de cette assistance, généralement peu coûteuse lorsqu’elle est associée à une assurance, les deux marques rendent leurs clients plus captifs en après-vente et récupèrent une partie des opérations directement liées à l’assistance-dépannage qui leur échappaient. Et les premiers résultats sont en ligne « avec le business model imaginé », d’après Patrick Ferreira. Le constructeur compte 1 500 à 2 000 missions par mois, qui aboutissent à une facture de réparation moyenne de 700 euros. (AUTOACTU.COM 10/2/15)

Alexandra Frutos