Michelin investit plus de 80 millions pour pérenniser son usine de Roanne

Michelin a signé le 19 mai un accord novateur avec les partenaires sociaux de son usine de Roanne (Loire), s'engageant à ne pas restructurer le site en échange de plus de flexibilité de la part des salariés. La direction s'est félicitée que Roanne devienne une « référence sociale » grâce à un accord qu'elle espère dupliquer ailleurs en France. Une démarche similaire est déjà à l'étude à la Roche-sur-Yon (Vendée), a d'ailleurs souligné le directeur France de Michelin, Rémi de Verdilhac. Il ne s'agit pas d'un « accord de compétitivité » au sens où l'entend la loi, puisqu'il n'a pas à être soumis aux autorités, a expliqué à l'AFP (19/5/15) le directeur des relations sociales Benoît de la Brétèche, qui préfère parler d'un « pacte d'avenir » formalisant des engagements mutuels de la direction et des syndicats.

L’usine de Roanne avait un réel déficit de compétitivité par rapport à d'autres sites du groupe, mais aussi face à ceux de la concurrence, dans la production de pneus de 16 et 17 pouces destinés aux camionnettes, 4x4 ou véhicules de type Espace. Aujourd'hui, « par la volonté des partenaires sociaux, cette usine a un avenir », a déclaré Eric Percie du Sert, directeur de l'usine. La direction et les syndicats représentatifs de Roanne (CFDT, Sud, CFE-CGC) ont donc signé un « pacte d'avenir 2019 ».

Dans ce texte, la direction s'engage à investir au moins 80 millions d'euros pour créer une nouvelle ligne de production de pneus « haute couture » de 19 à 21 pouces destinés aux véhicules de luxe. Michelin pourra ainsi abandonner la production sur ce site de pneus 16-17 pouces, qui doivent faire face à une concurrence asiatique forte. « Grâce au savoir-faire de nos usines françaises, on peut mieux se positionner sur ce type de produits » par rapport aux concurrents, a indiqué M. Percie du Sert. Cet investissement va permettre de maintenir 720 emplois à horizon 2019, contre 850 aujourd'hui et ainsi éviter une restructuration.

Pour l'heure, il y a environ 770 emplois en CDI sur le site. Ce pacte entraînera donc une suppression nette de 50 emplois, mais sans licenciement puisqu'il s'agira de départs en retraite non remplacés, précisent néanmoins les syndicats. En contrepartie, la direction demande à son personnel un « engagement » sur la sécurité, la qualité et surtout la « réactivité » puisque les pneus de hautes performances sont souvent produits en petites séries, a précisé le directeur d'usine.

Cela induira une ouverture de l'usine 7 jours sur 7, contre 6 jours sur 7 actuellement. Et donc une nouvelle organisation du travail en cinq équipes, contre quatre actuellement. Les salariés devront à ce titre travailler 28 dimanches par an, alors que, jusqu'à présent, le travail dominical dépendait de la demande des clients. Les salariés ont voté à 95 % pour ce pacte. (ECHOS 20/5/15)

Alexandra Frutos