Les voitures flex-fuel au Brésil : dix ans de succès et de turbulences (2/2)

Le Brésil est devenu le premier pays au monde où les automobilistes peuvent choisir, au jour le jour, en fonction des prix à la pompe (l'éthanol et l'essence variant selon la cotation du sucre et du pétrole), le carburant qu’ils veulent utiliser et cela dans 95 % des stations du pays (1 700 stations-service proposent l’éthanol).

Face au pétrole, l’éthanol possède trois atouts majeurs : cette énergie est moins chère, plus propre et renouvelable. De 1975 à 2000, l’utilisation de l’éthanol a permis au Brésil de réduire sa production de CO2 d’approximativement 110 millions de tonnes. Le pays aurait en outre économisé, à l'importation, l’équivalent de 550 millions de barils, ce qui se traduit en devises par un impact de 11,5 milliards de dollars.

Mais les moteurs Flex-Fuel se caractérisent également par
un réglage très difficile : le taux de compression doit nécessairement être plus adéquat au fonctionnement avec de l'essence qu'au fonctionnement avec de l'alcool. En pratique, ce que la plupart des automobilistes ont retenu, c’est que leur véhicule Flex-Fuel consommait plus qu’un modèle à essence similaire et, avec de l’alcool en plus, l’avantage prix se trouvait annulé. Le calibrage ne pouvant être optimisé pour fonctionner avec de l'alcool au risque de rendre impossible l'utilisation d'essence, de nombreux observateurs estiment que la solution Flex-Fuel a un intérêt limité.

De plus, le modèle n’est pas transposable tel quel dans n'importe quelle région du monde : peu de pays disposent de terres en quantités suffisantes pour cultiver du bioéthanol sans diminuer la production agricole comme au Brésil. En outre, cette production massive a aussi eu la conséquence d’augmenter le prix des terres près de São Paulo, notamment, poussant donc indirectement à l’augmentation du prix des denrées alimentaires. Enfin, l’extension de la production pourrait, si elle prenait une certaine envergure, inciter à la déforestation.

Juliette Rodrigues