Les vertus écologiques du covoiturage font débat

Le covoiturage longue distance a des vertus écologiques, mais cet impact reste toutefois relativement faible, révèle une étude publiée le 16 septembre par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), sur la base d'une enquête réalisée au printemps dernier auprès de 1 500 pratiquants. Parce qu'il contribue à augmenter le taux d'occupation des voitures, ce mode de transport, en très fort développement ces dernières années, est spontanément perçu comme vertueux pour l'environnement, mais il contribue peu en réalité à la réduction de la circulation automobile.

Les auteurs de l'étude ont en effet demandé aux « covoitureurs » comment ils se seraient déplacés s'ils n'avaient pas eu recours à l'autopartage. A partir des réponses, ils ont calculé qu'un kilomètre parcouru par une voiture en covoiturage longue distance « entraîne une économie de 0,04 kilomètre en voiture particulière », ce qui est « assez faible ». Selon la même méthode, l'étude évalue à 12 % l'économie d'émission de gaz à effet de serre à l'échelle d'une voiture en covoiturage.

Autre impact favorable pour l'environnement : 3 % des personnes interrogées déclarent que le covoiturage les a amenés à se séparer de leur voiture et 5 % qu'ils ont retardé l'acquisition d'un véhicule. L'étude élude toutefois deux effets à long terme. La rançon du succès, tout d'abord : 21 % des conducteurs déclarent qu'ils se déplaceraient moins souvent sans le covoiturage. Celui-ci favorise donc la mobilité - et répond en cela à une demande forte de la société - mais cette augmentation des déplacements engendre pour l'environnement « un effet rebond, dont l'impact n'a pas été quantifié », indique l'étude. Par ailleurs, le rail est le mode de transport qui souffre le plus de cette nouvelle concurrence. 64 % des personnes sondées estiment que le covoiturage les a conduits à moins utiliser le train. Cette perte de clientèle peut créer une saine émulation et amener la SNCF à améliorer son service et ses prix, ou, dans le pire des cas, la pousser, face à la contraction de ses recettes, à réduire le nombre de trains en circulation, alors qu'il s'agit du moyen de transport considéré comme le plus vertueux pour l'environnement. (ECHOS 18/9/15)

Alexandra Frutos