Les prêts automobiles, une nouvelle bulle toxique aux Etats-Unis ? (1/2)

Après l’immobilier, le secteur financier américain serait-il en train de répéter ses erreurs et de nourrir cette fois une nouvelle bulle toxique avec les prêts automobiles, en prêtant trop d’argent à des emprunteurs trop fragiles ? Le marché des prêts automobiles aux Etats-Unis a connu une forte croissance ces dernières années et les crédits octroyés à des emprunteurs à risque ont augmenté rapidement. Selon la Réserve fédérale, un quart des prêts récents ont été consentis à des emprunteurs jugés à risque. Comme elles l’ont fait avec leurs créances immobilières, les banques titrisent ces contrats automobiles et les vendent sous forme agrégée à des investisseurs qui ne prennent pas nécessairement toute la mesure des risques qu’ils encourent. Selon l’agence de notation Experian, le marché des prêts automobiles consentis à des emprunteurs à risque a atteint 145,6 milliards de dollars au premier trimestre 2014, en hausse de 15 % sur un an. Au deuxième trimestre, les crédits octroyés à des emprunteurs à haut risque ont augmenté de 12,7 % et ceux aux emprunteurs à risque de 5,3 %, les deux catégories représentant un peu plus de 12 % de l’ensemble des prêts automobiles. Face à cette hausse, des analystes et des agences de notation ont commencé à attirer l’attention sur les retombées potentielles pour les investisseurs ? parmi lesquels de grandes compagnies d’assurance et fonds de pension - si les emprunteurs n’honorent pas leurs remboursements. « Nous sommes à un point de retournement en ce qui concerne les performances des prêts automobiles, de la même façon qu’en 2006 », sur le marché immobilier, estimait l’agence de notation Standard & Poor?s, dans une étude publiée ce printemps.Les dernières statistiques publiées par la Réserve fédérale montrent que les américains ont souscrit des prêts automobiles pour 101 milliards de dollars au deuxième trimestre, soit le montant trimestriel le plus élevé observé depuis 2006. Le montant total des dettes liées à un achat automobile atteignait 905 milliards de dollars, 20 % de plus qu’à la fin 2011. 370 millions de dollars étaient détenus par les banques traditionnelles. Selon Thomson Reuters, quelque 12 milliards de dollars de prêts automobiles avaient déjà été titrisés à la mi-2014, alors que le total pour 2013 était de 13 milliards ; le montant total pour l’année 2014 devrait atteindre 26 milliards de dollars.

Frédérique Payneau