Les mesures de restriction de circulation dans les grandes villes d'Europe du sud (1/2)

Dans la plupart des grandes villes, la qualité de l'air est surveillée en permanence. Selon la teneur en chacun des polluants qui font l'objet d'un suivi systématique, on définit plusieurs niveaux d'alerte. En cas de pic de pollution, des mesures de restriction de la circulation automobile sont en vigueur dans de nombreuses villes d'Europe.

Athènes impose depuis 1982 une circulation alternée, un jour sur deux, en fonction du dernier chiffre, pair ou impair, de la plaque d'immatriculation. De plus, lorsque les teneurs en dioxyde d'azote, en monoxyde de carbone et en ozone atteignent respectivement 500, 25 et 300 micro-grammes par mètre cube d'air, le centre de la ville est interdit à la circulation. En Italie, la circulation alternée a été adoptée à la fin des années 80 à Brescia, puis à Milan, Bologne, Turin, Naples et Rome. Bien vite, cependant, cette mesure s'est révélée insuffisante et les municipalités ont dû mettre en ?uvre d'autres solutions : installation de nombreux parkings à la périphérie et développement des transports publics, restrictions de la circulation aux résidents et à certaines catégories professionnelles, plan de circulation contraignant, etc.

Si la circulation automobile est l’une des causes de pollution urbaine, elle n’en est pas la seule responsable : industrialisation, chauffage, incinérateurs contribuent aussi à rendre l’atmosphère irrespirable, créant un smog récurrent. Tous ces paramètres varient en fonction de la ville concernée. Les mesures prises pour lutter contre ce fléau sont parfois radicalement opposées.

La création de péages urbains, très en vogue il y a quelques années, n’a quasiment pas contribué à une baisse significative de la pollution atmosphérique urbaine. Trois grandes villes européennes ont pourtant tenté l’expérience : Londres en 2003, Stockholm en 2006 et Milan en 2008. N’ayant qu’un faible impact sur la santé publique, ces mesures ont, de plus, eu tendance soit à déplacer les pollutions, soit à engendrer des problèmes sociaux. Le manque de transports de substitution a eu un rôle contre-productif et n’a pas permis de mettre en valeur cette initiative. Des inégalités sociales peuvent aussi être exacerbées par les directives interdisant l’accès à l’agglomération aux véhicules les plus polluants : quid des habitants qui, pour des raisons financières, ne peuvent se permettre de remplacer leur vieux véhicule par un plus récent répondant aux normes ? La lutte contre la pollution inclut ainsi de nombreux paramètres, tant environnementaux que sociaux dont il faut prendre compte. Une complexité qui, si elle ne la justifie pas dans tous les cas, explique parfois la frilosité des politiques publiques.

Au vu de la dégradation de la qualité de l'air dans certaines villes européennes, comme Rome, Milan, Lisbonne ou Athènes, les autorités s'orientent désormais vers une mutualisation des efforts en matière de lutte contre la pollution et de préservation de l’environnement. Une vision globale et des actions communes, qui permettraient d'agir collectivement dans le domaine des transports, mais aussi du bâtiment et de l’énergie.

Juliette Rodrigues