Les manufacturiers, victimes collatérales de la crise en Europe de l’Ouest

La plupart des manufacturiers souffrent de surcapacités structurelles en Europe de l’Ouest, notamment dans l’activité poids lourds. Le marché européen des pneus pour poids lourds est en effet passé de 26,7 millions d’unités en 2007 à 20,2 millions en 2012 car, sous l’effet de la crise persistante qui frappe la région, les entreprises retreignent leurs achats et reculent au maximum la date de remplacement de leurs gommes. Le marché européen des pneumatiques pour voitures de tourisme n’est pas épargné lui non plus : il a reculé de 9 % au premier trimestre de 2013, après avoir chuté de 10 % en 2012.

Les manufacturiers sont donc contraints de procéder à des mesures d’ajustement de leurs capacités pour tenter de préserver leur compétitivité. En février, Goodyear annonçait la fermeture de son usine française d’Amiens-Nord, qui employait 1 300 salariés. En mars, Bridgestone annonçait la fermeture de son usine italienne de Bari, qui comptait 950 employés. De son côté, Pirelli est en train de reconvertir sa dernière usine de pneus pour poids lourds située en Europe de l’Ouest, à Settimo Torinese, en Italie, en unité de fabrication de pneus de haut de gamme pour voitures de tourisme.

Michelin pâtit comme ses concurrents de la baisse de ses ventes sur le marché des camions. Depuis le début de l’année, ses ventes en première monte enregistrent une croissance nulle en Europe et ont baissé de 13 % en Amérique du Nord. Pour le remplacement, elles ont augmenté de 8 % en Europe et diminué de 1 % en Amérique du Nord. L’année 2012 avait déjà été difficile, avec un marché européen en recul de 4 % en première monte et de 14 % en remplacement. Le groupe de Clermont-Ferrand vient d’annoncer qu’il comptait arrêter la production de pneus pour poids lourds de son site de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) d’ici au premier semestre 2015, ce qui entraînera la suppression de quelque 730 postes. Le manufacturier compte regrouper sa production française de pneus pour poids lourds à La Roche-sur-Yon (Vendée). La capacité de production du site vendéen passera ainsi de 800 000 à 1,6 million d’unités par an d’ici à 2019 et 170 postes devraient y être créés.

Michelin va par ailleurs céder ses activités de fabrication de pneus pour poids lourds et de vente en Algérie à la société algérienne Cevital, et arrêter de fait la production de pour pneus poids lourds dans ce pays fin 2013. Il a également annoncé qu’il allait arrêter cet été les activités industrielles de sa filiale colombienne Icollantas, qui emploie en tout 460 personnes et qui enregistre « des pertes annuelles très importantes [...] depuis plus de dix ans ». « La production industrielle de l'usine de Chusaca (pneus pour poids lourd, environ 220 salariés) et de l'usine de Cali (pneus pour voitures de tourisme Michelin et BF Goodrich, environ 240 salariés) sera arrêtée cet été.

Le groupe français veut parallèlement augmenter sa production de pneus de génie civil et agricole dans l’Hexagone, moderniser son centre de recherche et d’innovation à Clermont-Ferrand et investir en tout « environ 800 millions d’euros en France de 2013 à 2019 », ce qui devrait lui permettre d’embaucher 1 700 personnes en France sur la période. Jean-Dominique Senard, président de la gérance de Michelin, explique que les décisions qui viennent d’être annoncées ont pour seul objectif d’améliorer la compétitivité de l’outil industriel et donc d’en garantir la pérennité. « Nous voulons accomplir une mutation de notre outil industriel, de façon à ce qu’il reste compétitif. Il n’est pas question pour Michelin de privilégier les pays à forte croissance au détriment de l’Europe et de la France en particulier », a-t-il indiqué.

Alexandra Frutos