Les grandes ambitions du Japon dans l'hydrogène (2/2)

"Dans sa superbe ambition, le Japon pèche par sa stratégie de règlementation extrêmement contraignante", regrette Pierre-Etienne Franc, directeur des marchés et technologies avancés du groupe Air Liquide, évoquant "des contraintes de sécurité" très strictes pour éviter une quelconque fuite de cet élément incolore et inodore. D'où un prix de revient "deux à trois fois plus important" qu'ailleurs, avoisinant les 3 millions d'euros par station. Mais le gouvernement japonais a fait de l'hydrogène une stratégie nationale, indiquent les ECHOS. L'achat d'un véhicule est subventionné à hauteur de 3 millions de yens (et l'Etat soutient la construction des stations de recharge. Dans le pays, 81 stations devraient être installées d'ici à fin mars 2016 et, en 2020, le Village des Jeux Olympiques de Tokyo fonctionnera entièrement à l'hydrogène.

Il n'est reste pas moins que l'hydrogène est aujourd'hui essentiellement produit à partir d'hydrocarbures... qui émettent des gaz à effet de serre. "Vendre l'économie de l'hydrogène sans changer la structure de production, c'est une hérésie !", admet M. Franc.

Le Japon espère à terme parvenir à un hydrogène "vert", tout simplement via un processus d'électrolyse de l'eau où l'électricité proviendrait d'énergies renouvelables (éolien, solaire ou hydraulique). "L’hydrogène est l’énergie du futur", selon le Premier ministre Shinzo Abe qui vise pas moins qu’un marché de 1 000 milliards de yens (7,5 milliards d’euros) par an pour la filière d’ici à 2030, avec entretemps la formidable tribune que constitueront les jeux Olympiques 2020 de Tokyo. "Le Japon est le premier pays à avoir révisé les réglementations pour permettre la commercialisation des véhicules à pile à combustible et la distribution d'hydrogène", se félicite en outre M. Abe.

Pour Hubert de Mestier, ancien délégué général du groupe Total pour l'Asie du Nord, l'ambition japonaise en matière d'hydrogène est "un rêve" pas prêt de se réaliser. "La technologie n'est pas complètement au point, il faudra sans doute plusieurs années encore avant d'aboutir à une production de masse", estime-il. "Le Japon se trompe de priorité", renchérit l'écologiste Ai Kashiwagi. "S'il veut s'engager sur la voie du développement durable, qu'il investisse d'abord dans les énergies renouvelables. Après, il sera temps de penser à l'hydrogène".

Juliette Rodrigues