Les défis de l'industrie automobile en 2015 selon une étude de Strategy&

L'industrie automobile mondiale a bénéficié d'une période de croissance et de rentabilité relativement fortes, avec des ventes annuelles qui, dans certaines régions, ont retrouvé leurs niveaux d'avant crise, indique une étude sur les "Perspectives 2015 de l'industrie automobile mondiale" du cabinet de conseil Strategy&, citée par La Correspondance Economique.

Le défi immédiat pour le secteur automobile est l'inégalité des marchés mondiaux, souligne l'étude. "On constate un certain optimisme parmi les cadres dirigeants et les experts automobiles pour le marché américain, avec des prévisions de l'ordre de 16 millions d'unités pour l'Amérique du Nord". En revanche, pour l'Europe, qui émerge d'un marasme de six ans, les perspectives sont nettement plus sombres, ainsi que pour l'Amérique du Sud. La Chine, premier marché mondial, enregistre quant à elle un ralentissement de sa croissance. Strategy& estime que l'industrie automobile mondiale devra composer avec trois forces fondamentales : l'évolution de la demande des consommateurs, le durcissement des contraintes réglementaires et, enfin, l'explosion des données client.

Les consommateurs repensent le lien affectif qu'ils ont longtemps entretenu avec les marques automobiles, estimant de plus en plus que la voiture sert à se déplacer d'un point A à un point B. Si ce changement de comportement a peu d'impact sur les ventes en volume, elle affecte en revanche la valeur que les automobilistes sont prêts à consacrer à leur achat. Cette tendance est renforcée par la baisse de la différenciation des produits, liée en partie une amélioration générale de la qualité des produits.

Par ailleurs, le durcissement des normes de consommation augmenté les coûts de mise en conformité pour les constructeurs, qui doivent augmenter leurs volumes de ventes afin d'amortir la hausse des charges. Les autorités de réglementation exigent en outre que de nouveaux équipements de sécurité soient installés dans les voitures, ce qui accroît encore les coûts de production.

Enfin, les informations relatives à l'utilisation des véhicules et aux comportements des conducteurs se multiplient avec la généralisation des capteurs et des systèmes informatiques embarqués. L'exploitation efficace de ces données reste un défi pour les constructeurs, tandis que les consommateurs, qui accèdent facilement à toutes ces informations, voient leur pouvoir de négociation renforcé.

Il y a une décennie, l'électronique et les logiciels embarqués représentaient 20 % du coût total du véhicule ; aujourd'hui, on peut atteindre jusqu'à 35 %. Cette prédominance des contenus électroniques dans les véhicules a de lourdes conséquences sur l'industrie automobile, notamment en matière d'innovations et de services proposés. Les constructeurs doivent ainsi collaborer avec des fournisseurs et des experts à l'extérieur de leur périmètre traditionnel, tout comme les équipementiers, qui doivent en outre rationaliser leurs portefeuilles de tout mettre en ?uvre pour figurer parmi les meilleurs sur chacun de leurs produits de base. Quant aux concessionnaires, ils devront investir dans des technologies de gestion des données client afin de réaliser des transactions plus rapides et plus efficaces. Ils devront aussi renforcer leurs compétences dans le digital pour favoriser une relation client continue et transparente et réduire ainsi l'écart entre les points de ventes physiques et les sites internet.

Juliette Rodrigues