Les constructeurs redoutent une crise du palladium

Le palladium est indispensable à la fabrication des pots catalytiques des véhicules, car il permet de réduire leurs émissions de gaz nocifs, d'hydrocarbures, d'oxyde de carbone, d'oxydes d'azote et de particules. Le secteur des pots catalytiques est le débouché le plus important pour le palladium et celui qui se développe le plus rapidement ; il représentait 49 % de la demande mondiale en 2006. Grâce à son aptitude à capter l'hydrogène, le palladium est par ailleurs utilisé comme électrode dans les piles à combustible. Les pays émergents, qui développent à leur tour leur industrie automobile, lui assurent encore de nouveaux débouchés, si besoin était.

C’est donc un matériau particulièrement précieux pour les constructeurs d’automobiles. Ces derniers redoutent ces derniers temps une crise du palladium qui, si elle se produisait, aurait des conséquences financières non négligeables.

La Russie pourrait en effet se servir du palladium comme d'une arme stratégique en cas de sanctions économiques imposées par l'Occident dans le cadre du conflit ukrainien. L'idée crispe les opérateurs de marché au point qu'elle a fait grimper les cours à leur plus haut niveau depuis un an, à 780 dollars l'once. Via le groupe minier Norilsk, la Russie est en effet le premier producteur mondial de palladium (un tiers de la production mondiale actuelle est russe). « Par mesure de rétorsion, la Russie pourrait cesser la vente de métaux des réserves publiques, estime Nic Brown, analyste chez Natixis, ce qui pourrait entraîner une forte hausse des cours, au détriment des constructeurs européens et américains ». Ce ne serait pas une première : au début des années 2000, les prix du palladium avaient atteint des sommets, à 1 100 dollars l'once, peu de temps après que le pays avait évoqué l’idée de suspendre ses livraisons. Un groupe automobile américain avait enregistré une perte de près d’un milliard de dollars après avoir acheté du métal au plus haut, rappelle M. Brown.

La Russie possède en outre d'importantes réserves de palladium « hors sol ». Toutefois, une bonne partie de ces stocks se situerait physiquement en Suisse et éventuellement au Japon, et ne serait donc pas directement détenue par le gouvernement russe, croit savoir la Deutsche Bank.

Alexandra Frutos