Les constructeurs japonais regagnent du terrain en Europe

Revenus dans le vert, notamment grâce à la dépréciation du yen, les constructeurs japonais repartent de l’avant en Europe, où ils grignotent des parts de marché, explique LE MONDE. Alors que le marché automobile européen se relève enfin peu à peu, les Japonais ont notamment multiplié les présentations de nouveaux véhicules au Salon de Genève. Mazda a dévoilé son CX3, un petit crossover urbain, et Honda son HR-V, appartenant aussi à cette catégorie. Honda a également présenté sa Jazz dotée d’un nouveau design. De son coté, Toyota exposait ses berlines Auris et Avensis, et Mitsubishi son pick-up L200. Enfin, Nissan proposait, avec sa Sway, un concept de citadine préfigurant la future Micra qui sera produite à partir de 2016 dans l’usine Renault de Flins.

Ce florilège vient couronner une année 2014 solide pour les groupes japonais e Europe. Leurs ventes y ont progressé plus vite que le marché, leur permettant de gagner, sur un an, un demi-point de pénétration, à plus de 12,5 %, soit près de 1,5 million de véhicule, dont les deux tiers sont assemblés localement (Toyota, Honda et Nissan). Les importateurs, Mitsubishi et Mazda, ont pour leur part bénéficié du succès de leurs nouvelles gammes. "Notre véhicule le plus ancien a dix-huit mois, il s'agit de la Mazda 3", rappelle Jeffrey Guidon, directeur général de Mazda pour l'Europe. "En multipliant les lancements, nous avons augmenté nos ventes de 16 % sur le Vieux Continent depuis neuf mois. La baisse du yen a aidé les groupes japonais", souligne de son coté Mitsubishi.

Arrivés en Europe dans les années 1980 et 1990, les firmes nippones ont fait mouche avec des produits richement équipés et d'une longévité exceptionnelle. Les groupes européens ont fini par répondre à la fin des années 1990. Les Japonais ont donc dû trouver d'autres créneaux.

Toyota, notamment a fait le pari de l'innovation, avec ses moteurs hybrides essence. "En 2014, nous avons vendu 160 000 hybrides en Europe et nous visons la barre des 200 000 unités en 2015", indique Daniele Schillaci, directeur commercial de Toyota pour l'Europe, précisant que cela représente "près d'un véhicule sur trois". Toyota a récemment annoncé qu'il prévoyait une nouvelle hausse de ses ventes dans l'Union européenne cette année, de 2 à 2,5 %, sur un marché global dont la croissance est estimée à 0,8 %. "La croissance viendra notamment de la reprise des marchés d’Europe du Sud et du dynamisme des ventes au Royaume-Uni", expliquait Didier Leroy, directeur général des activités du constructeur sur le continent. Toyota continuera à être rentable en Europe de l’Ouest cette année, grâce notamment à sa gamme hybride. Les hybrides devraient d’ailleurs représenter 22 % des ventes totales de Toyota en Europe en 2015, contre 20 % en 2014. Toyota s'est également lancé dans la course à l'hydrogène, avec sa Mirai, qu'il compte commercialiser en Allemagne, au Danemark et au Royaume-Uni à compter du mois de septembre. L’objectif pour l’Europe porte sur 50 à 100 unités au total pour 2015 et 2016, mais le constructeur estime qu'il s'agit surtout "d'un tournant dans l'industrie automobile".

Nissan a joué une autre carte, en retirant du marché quasiment tous ses véhicules traditionnels et en lançant le Qasqhai, premier crossover vendu en Europe en 2007, puis le Juke, son petit frère. Ces deux modèles ont créé un tout nouveau segment, celui des SUV, désormais bien plus développé et très porteur. "Notre part de marché en Europe a atteint 3,8 % en 2014, c'est notre record. Au dernier trimestre, nous avions même 4,2 %, contre 2,5 % il y a cinq ans", se félicite Guillaume Cartier, directeur commercial de Nissan Europe. "Aujourd'hui, deux tiers des 590 000 véhicules que nous vendons dans la Grande Europe sont des crossovers", souligne-t-il.

Juliette Rodrigues