Les constructeurs français ne veulent pas passer à côté du décollage du marché automobile africain (2/2)

Dans des pays comme le Nigeria, l'Egypte, le Kenya ou le Ghana, on voit apparaître une classe moyenne, condition nécessaire pour le décollage d'un marché automobile, soulignent Les Echos. « On estime globalement qu'un marché de voitures neuves peut émerger à partir d'un PIB par habitant de 5 000 dollars », renchérit M. Quémard.

L’Afrique du Sud est un marché à part sur le continent : c’est le premier producteur d’automobiles d’Afrique (644 500 unités en 2014) et il abrite aussi bien Ford, Nissan, Toyota, BMW ou Mercedes, qui exportent environ la moitié de leur production locale. Son développement pourrait pourtant être bien plus rapide si le maintien d’une classe très pauvre (50 % de la population) ne pénalisait pas l’essor du marché.

En Algérie, marché stratégique pour les constructeurs français, les ventes avaient quasiment doublé entre 2010 et 2012, mais elles ont brutalement chuté en 2013. « Après le printemps arabe, le gouvernement avait augmenté les salaires des fonctionnaires de 50 %. Il y a eu de fortes incitations pour la création d’entreprises individuelles, ce qui a dopé les véhicules commerciaux », explique le distributeur CFAO. Par la suite, le marché subi le contrecoup de ces mesures et, en 2014, il est tombé à son plus bas niveau depuis neuf ans.

Le Nigeria, marché d’Afrique subsaharienne qui a déjà signé des accords avec Renault-Nissan et PSA, semble prometteur de par sa démographie et son développement économique. A l’heure actuelle, ce marché est estimé à 53 900 unités par l’OICA (Organisation internationale des constructeurs d’automobiles), faute de données vraiment fiables.

Outre les disparités qui existent entre les différents marchés, le développement automobile de l’Afrique est aussi freiné par d’autres facteurs. « Il faudrait d’abord que le ?marché gris’ s’assèche », note Jean-Christophe Quémard. Ce terme désigne les importations massives de véhicules neufs par des mandataires qui échappement le plus souvent aux droits de douane. Il existe aussi un marché informel de vieux véhicules d’occasion venus d’Europe, qui entrave le démarrage des ventes aux particuliers. De fait, le marché africain reste surtout pour l’instant un marché de flottes d’entreprises et d’administrations. Les taxes constituent aussi un autre frein (avec souvent des droits de douane de 20 % auxquels s’ajoutent une TVA de 18 %), tout comme l’insuffisance de l’accès au financement, la mauvaise qualité du carburant et l’instabilité politique, qui peut à tout moment freiner l’essor d’un pays.

Alexandra Frutos