Les constructeurs démocratisent les systèmes d'aide à la conduite (2/2)

En matière de systèmes d'aides à la conduite, il reste toutefois le problème des interfaces. "C'est le nerf de la guerre. On se rend compte dans nos études que 60 % des automobilistes n'utilisent pas ces systèmes car ils jugent cela compliqué. Il faut les rendre simples et sécurisés à l'image d'un smartphone ou d'une tablette", indique Delphine de Andria, qui a piloté les fonctionnalités du crossover Kadjar de Renault. L'objectif, soulignent Les Echos, est désormais d'éviter à l'automobiliste d'être perturbé par de multiples informations : voyants, sonnerie, vibration dans le volant ou sur le fauteuil pour prévenir d'un danger, etc. Sur le nouveau XC90 de Volvo, on parie sur l'affichage tête haute, sur le pare-brise, pour éviter à l'automobiliste de détourner les yeux.

Tout ceci constitue ni plus ni moins une étape vers la conduite autonome. Le stade suivant, envisagé pour 2020, permettra à l'automobiliste de faire autre chose au volant. "L'extension du régulateur de vitesse va permettre d'offrir au client du temps de qualité. C'est cela qui est intéressant dans la conduite autonome", déclare de son côté Carlos Tavares, président du directoire de PSA Peugeot Citroën. Par exemple, il pourrait lire ses mails dans les embouteillages après avoir basculé sa voiture en conduite automatique, sachant qu'il aura 10 secondes pour reprendre le volant.

La voiture connectée (et son prolongement, la voiture autonome) poursuit son irrésistible ascension, poussée par deux injonctions : toujours plus de sécurité, toujours plus de confort. Ce marché, qui s'élèvera à 175 milliards d'euros en 2020, selon le cabinet McKinsey, dépasse déjà largement le cadre des véhicules premium. Fin 2015, toutes les voitures neuves d'Europe devront être dotées d'une carte SIM afin d'être équipées du système d'appel d'urgence eCall. Les analystes auto du cabinet PwC prévoient que, à terme, 90 % des accidents liés au trafic seront évités grâce à la voiture intelligente. Les technologies de maintenance prédictive, qui dressent le rapport des styles de conduite, incidents et réparations à venir, vont se généraliser dans les deux ans, établissant un lien permanent avec le constructeur et le concessionnaire. Côté confort, les applications smartphone définissent les standards. La géolocalisation avec GMaps, l'info trafic avec ViaMichelin, l'avertissement de radars avec iCoyote fleurissent dans les habitacles.

La lenteur de l'évolution réglementaire risque néanmoins de freiner un peu l'essor de ces technologies. Car, en cas d'accident, "à qui sera imputée la faute ?", questionne Ian Robertson chez BMW, qui souhaite progresser avec "prudence" en la matière. C'est tout l'enjeu des discussions en cours entre l'industrie automobile et les pouvoirs publics en Europe. Autre frein, la question des données et le risque de piratage. "C'est notre crainte", admet Thierry Le Hay, responsable innovation de PSA. "Nous ne sauterons le pas de la voiture autonome que quand nous serons sûrs à 100 % de sa sécurité". Pour le cabinet Oliver Wyman, BMW sera pourtant leader sur les véhicules "hautement autonomes" en 2020, avec 120 000 unités vendues. Sans surprise, le podium serait complété par ses compatriotes Mercedes et Audi, à qui la Californie a délivré un permis pour éprouver leurs véhicules autonomes sur les routes. Volvo testera lui une flotte de 100 véhicules sans pilote dans la région de Göteborg en 2017.

Juliette Rodrigues