Les constructeurs automobiles forcés d'investir en Russie dans un marché en crise

Les constructeurs automobiles présents en Russie sont contraints d'accroître leur production locale alors même que le marché traverse une crise profonde. Signé en 2005 et amendé en 2011, le décret 166 impose en effet aux constructeurs vendant des voitures en Russie un taux de localisation minimum pour bénéficier de droits de douanes réduits.

Les groupes ayant signé la convention de 2011 (GM, Renault-Nissan-AvtoVAZ, Ford, Volkswagen’) doivent ainsi atteindre 60 % de localisation et produire au moins 300 000 voitures par an dans un horizon de cinq ans. D’autres, comme PSA, obéissent encore au décret de 2005, "avec des obligations moins fortes, notamment 30 % de localisation", précise Christophe Bergerand, patron de PSA en Russie, mais ils devront, à terme s’aligner sur la convention.

Les implications industrielles sont majeures, car les constructeurs ont logiquement intérêt à geler ou retarder leurs investissements. Le marché russe a chuté de 12 % en mai, 17,4 % en juin, et de 22,9 % en juillet. "En août, on sera au delà des 20 %", précise Bruno Ancelin, le patron de Renault en Russie. Fluctuation du rouble, hausse de l’inflation, taux d’intérêts à plus de 12%, l'achat d'une voiture neuve est devenu inaccessible pour nombre de foyers russes.

Renault, touché par la crise comme ses concurrents, bénéficie toutefois d’un taux élevé de localisation ? 55% en intégrant les moteurs ? et du rachat d’AvtoVAZ, dont les capacités sont intégrées dans le calcul. Même chose pour Nissan : "Nous produirons le Qashqai à Saint-Petersbourg en 2015, et 90 % des voitures vendues par Nissan en Russie seront produites localement. Mais il est sûr que vu la période, il faut savoir convaincre les équipementiers de nous suivre", indique Guillaume Cartier, vice-président de Nissan Europe.

Le problème se concentre sur les groupes américains et allemands. GM indiquait la semaine dernière qu’il réfléchissait à reporter son investissement de 300 millions de dollars dans son usine de Saint-Petersbourg, qui devait avoir lieu l’an prochain. (ECHOS 28/8/14)

Juliette Rodrigues