Les chiffres discutés de la pollution par le trafic routier et la chauffe au bois

La préfecture de la région Ile-de-France assure que la chauffe au bois en agglomération parisienne pollue autant que le trafic routier, tandis que la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal trouve cette affirmation « ridicule » et envisage de revenir sur l'arrêté préfectoral interdisant les feux de cheminée au 1er janvier 2015. Comme le rappelle l'Express.fr (9/12/14), c'est dans un rapport d'Airparif, datant de 2011, qu'on trouve les chiffres les plus probants. Les sources d'émissions de particules fines (PM2.5) ont été relevées en plusieurs points de l'agglomération parisienne, entre septembre 2009 et septembre 2010. Et les chiffres sont très différents d'un lieu à un autre. Aux abords du périphérique, le trafic routier représente 44 % des émissions de particules fines, contre seulement 4 % pour la chauffe au bois. Mais, lorsqu'on s'éloigne du périphérique et que l'on s'enfonce en zone urbaine, les deux font jeux égal : le trafic routier tombe à 8 %, tandis que le chauffage au bois monte à 7 %, l'immense majorité des particules étant importées des régions voisines.

Les services régionaux en charge de l'environnement et de l'énergie (DRIEE) Ile-de-France considèrent que le chauffage au bois constitue 23 % des émissions de particules dans les zones situées loin du périphérique. A l'inverse, l'association UFC Que choisir, qui affirme que 44 % des émissions viennent des voitures, se base sur les relevés pris sur le périphérique. Et c'est sans doute également sur ces données que se base Mme Royal quand elle affirme qu'interdire les cheminées est « ridicule ».

Karine Léger, adjointe au directeur d'AirParif, estime que les relevés à lire « en priorité » sont ceux qui ont été faits loin du périphérique, « parce qu'ils représentent la pollution de fond ». En attendant une étude exhaustive, mieux vaut donc privilégier cette formule, qui ôte de l'équation l'anomalie que constitue le périphérique. Et dans ce cas-là, effectivement, les cheminées - et notamment les 100 000 cheminées à foyers ouverts que compte la région - et les voitures polluent de façon équivalente.

Mais alors une question se pose, si l'on valorise les données relevées loin du périphérique : faut-il vraiment se lancer dans une interdiction des cheminées - et désormais des voitures diesel - si la chauffe au bois et le trafic routier ne sont responsables, en tout et pour tout, que de 15 % des particules émises ? (PARISIEN.FR 9/12/14)

Alexandra Frutos