Les carrossiers misent sur l’innovation pour développer leurs ventes d’utilitaires (2/2)

De son côté, Lamberet accélère son développement en se dotant d'une cinquième usine et en proposant un nouveau châssis plus écologique. Le constructeur de véhicules isothermes, basé à Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain), a en effet mis au point une nouvelle technologie d'essieux directeurs qui permettent d'obtenir des rayons de braquage plus courts. Il compte sur cette innovation pour accroître sa part de marché en France. Celle-ci est déjà en progression de 2 points chaque année depuis cinq ans. Le constructeur a présenté d'autres nouveautés lors du Salon du transport routier Solutrans qui s'est tenu à Lyon du 17 au 21 novembre. Ainsi, la semi-remorque « ferroutable », qui permet au camion d'aller directement de la route au train. L'innovation est l'un des moteurs du groupe de 900 personnes, dont le chiffre d'affaires s'élèvera à 165 millions d'euros en fin d'année, contre 140 millions en 2014. D'ici à 2020, le groupe vise 200 millions d’euros, dont 30 millions seront générés par la nouvelle usine de Saint-Eusèbe, en Saône-et-Loire, qui sera opérationnelle d'ici à mi-2016.

En trois ans, 10 millions vont être investis pour aménager cet ancien bâtiment de plasturgie. L'usine, qui emploiera 150 salariés d'ici à 2020, permettra d'accroître de 100 % la production de véhicules utilitaires et de réduire les délais de fabrication. Lamberet va pouvoir spécialiser trois autres de ses unités industrielles pour 2 à 3 millions d'euros. Celle de Saint-Cyr-sur-Menthon sera dédiée aux véhicules industriels de 7 à 44 tonnes, celle de Sarreguemines (Moselle) produira des kits de panneaux de caisses frigorifiques pour l'export.

La capacité de production de l'usine de sa filiale allemande Kerstner, près de Francfort, sera par ailleurs doublée. Ces investissements seront « entièrement autofinancés », souligne Quentin Wiedemann, directeur marketing de Lamberet. C'est-à-dire sans renfort financier de son actionnaire chinois, le groupe Avic.

Enfin, Libner a conçu un mini-fourgon électrique logeable dans un camion classique. Ce « hub » est composé d'une remorque classique dans laquelle vient se loger un véhicule électrique compact apte à transporter une palette de 800 kilos. Lorsqu'il vient se garer à proximité du point de livraison, le camion classique fait office d'entrepôt décentralisé. Le second « sert de brouette » en venant décharger les différents colis. Une innovation primée à plusieurs reprises et pour laquelle le carrossier a été retenu cet automne par la Ville de Paris dans ses solutions pour une logistique durable. Depuis 2013, la PME familiale de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) planche sur ce sujet crucial pour les transporteurs logisticiens : comment faire face à l'encombrement des villes, qui empêche les poids lourds d'entrer dans les hypercentres, tout en garantissant des livraisons nombreuses dans les délais impartis. Le fameux enjeu « du dernier kilomètre » qui, en plus de répondre aux contraintes de circulation, doit être moins polluant.

Pour répondre à ce défi, Libner a investi 1 million d'euros dans les trois premiers prototypes de son véhicule BIL. L'entreprise a bénéficié de prêts publics à l'innovation de Bpifrance et de la région Poitou-Charentes. Un modèle a été testé par le logisticien allemand Schenker dans les centres villes de La Rochelle et de Niort. Et le livreur France Boissons s'est engagé sur une trentaine d'exemplaires.

La commercialisation est attendue fin 2016, après la phase de production industrielle, qui est en discussion. En effet, les premiers prototypes ont été motorisés par Heuliez. L'an passé, Libner avait tenté de mettre la main sur les lignes de montage du constructeur de voitures électriques à Cerizay (Deux-Sèvres), mais son offre n'avait pas été retenue. « Nous n'avons pas les capacités de devenir assembleur de véhicules », admet le président de l’entreprise François Libner, dont le groupe a réalisé 37 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014 grâce à ses carrosseries et bâches pour le transport. Du coup, Libner recherche un nouveau partenaire industriel.

Alexandra Frutos