Les Français réduisent l’usage de la voiture individuelle

D’après une étude réalisée par L’ARGUS (24/9/15) à partir des données dont dispose le magazine (12 millions de demandes de Cotes Argus annuelles effectuées par les professionnels dans le cadre de reprises de véhicules, ainsi que 1,5 million de transactions par an observées dans PlanetVO et Cardiff VO, les outils de gestion du Groupe Argus), les voitures particulières observées en 2014 avaient parcouru, depuis leur première immatriculation, 17 895 km par an en moyenne, contre 19 111 en 2008, soit une baisse de 6,4 % en sept ans. La tendance semble même s’accélérer en 2015, les observations sur les six premiers mois montrant une décroissance de 2,2 % par rapport à 2014, avec une moyenne annuelle de 17 423 km par an.

Cette chute touche tous les segments et toutes les énergies, mais c’est plus particulièrement le diesel qui est concerné, puisque c’est le kilométrage moyen des véhicules alimentés au gazole qui a chuté le plus fortement entre 2008 et 2014, passant de 20 956 km par an à 18 973 (- 9,5 %). Une tendance partiellement liée à l’éphémère présence sur le marché, dans les années 2000, de moteurs diesel sur le segment des citadines. Dans le même temps, l’essence ne perdait que 6,7 %, passant de 13 509 km à 12 602 km annuels. La réorientation du marché des voitures neuves vers une technologie sans-plomb contraste avec des années de diésélisation du parc français : en 2015, le diesel ne concerne plus que 59 % des ventes de véhicules neufs, contre 77 % en 2008. On voit même apparaître aujourd’hui un parc significatif de berlines familiales et monospaces à essence, chose impensable il y a encore cinq ans : 13 % des Renault Scénic vendus neufs en 2015 carburent ainsi à l’essence, contre moins de 1 % en 2011.

De nombreux facteurs peuvent être avancés pour expliquer cette tendance, à commencer par le ralentissement économique global observé dans les pays du Nord : augmentation du chômage et réduction des trajets pendulaires, part décroissante du pouvoir d’achat consacré aux déplacements de loisir, sensibilité accrue aux variations des prix des hydrocarbures, explique le magazine.

S’il est un indicateur particulièrement parlant de la santé économique d’un pays, c’est justement l’évolution du kilométrage moyen des véhicules utilitaires, maillon crucial des chaînes d’approvisionnement en biens de consommation et en services. Ici aussi, l’étude de l’Argus met en évidence une forte réduction de l’usage de ces véhicules de transport et de livraison. Leur kilométrage moyen observé est ainsi passé de 26 717 km par an en 2008 à 23 774 km par an en 2015 (- 11 %), et ce malgré un léger rebond en 2014.

Ralentissement économique aidant, de nouvelles habitudes de consommation de transport se créent au détriment de la voiture individuelle, victime également d’une prise de conscience accrue de son poids dans les budgets, de son impact environnemental et de ses contraintes d’utilisation : croissance du transport collectif urbain (+ 1,8 % en millions de voyageurs-kilomètres entre 2008 et 2014, source ministère des Transports), retour en grâce du train (+ 18,4 % entre 2000 et 2014), et banalisation du transport aérien intra-européen, porté par les compagnies low-cost (+ 74,6 % de millions de passagers entre 2000 et 2014).

Dans le futur, il n’y a aucune raison de penser que cette tendance puisse s’inverser dans un contexte d’émergence de nouveaux modes de déplacement adaptés aux courtes et moyennes distances : ouverture du marché des autocars sur les grandes lignes, développement du covoiturage, industrialisation de l’autopartage. C’est donc un parc automobile plus âgé, moins kilométré, moins sollicité et davantage tourné vers le moteur à essence qui se dessine peu à peu, estime le magazine.

Alexandra Frutos