Les Français ne voient pas la voiture autonome avant 2030 (1/2)

Alors que la Google Car sillonne les routes californiennes et que de nombreux constructeurs d’automobiles et éditeurs de logiciels français et étrangers imaginent la voiture de demain, le dernier rendez-vous de l’innovation réalisé pour le Syntec Numérique, Le Parisien, 01, BFM Business et l’Usine Nouvelle par le cabinet Odoxa s’est penché en mai sur la question de la voiture autonome et connectée.

Présente dans la littérature et le cinéma de science-fiction depuis des décennies, la voiture autonome, sans conducteur, prend enfin forme. Les annonces des géants de l’automobile et du numérique se multiplient, claironnant que « la voiture autonome, c’est pour demain ». Mais les Français en sont-ils persuadés ? Visiblement oui : 57 % d’entre eux l’affirment, la voiture autonome sera un jour généralisée au plus grand nombre. Sur l’échéance en revanche, ils sont plus réservés : 5 % croient en cela d’ici à 2020, 18 % d’ici à 2030, mais le plus gros contingent (34 %) n’imagine pas les routes françaises sillonnées par des voitures sans conducteurs avant 2030 minimum, explique Emile Leclerc, directrice d’études chez Odoxa.

Il faut dire que près des deux tiers d’entre eux (64 %) se sentiraient mal à l’aise à l’idée d’être assis à la place du conducteur sans avoir à tenir le volant. Un siècle de tradition, la conduite placée au centre du marketing automobile ou encore des technologies parfois défaillantes ne s’effaceront pas de l’imaginaire collectif du jour au lendemain. Souvent mise en avant par les industriels du secteur, l’émancipation du conducteur ne représente pas l’avantage le plus important de la voiture autonome pour les Français. Seuls 17 % d’entre eux y voient avant tout l’avantage de pouvoir pratiquer de nouvelles activités pendant le trajet. Les Français sont très pragmatiques : la voiture sert avant tout à se déplacer. Ils attendent de la voiture autonome une plus grande sécurité, les erreurs humaines étant éliminées (40 %), mais aussi une simplification des problèmes de stationnement, la voiture ayant la capacité de les déposer pour aller se garer plus loin (32 %) et enfin moins d’embouteillages, la voiture choisissant elle-même le trajet le plus court et éliminant l’effet accordéon souvent responsable des bouchons (31 %).

Les constructeurs et éditeurs de logiciels vont devoir rassurer les Français sur un risque important à leurs yeux : le piratage informatique des véhicules. 43 % des Français considèrent que c’est une des principales limites au développement de la voiture autonome. Le législateur aussi devra faire sa part du travail. En effet, et c’est la principale limite perçue (45 %), la responsabilité légale en cas d’accident représente une question centrale. Puisqu’il n’y aura plus de conducteurs, qui sera responsable ? L’éditeur du logiciel de conduite, le fabriquant de la voiture ou encore le conducteur ? Mal à l’aise à l’idée de ne plus maîtriser totalement le véhicule, les Français perçoivent cet a priori négatif comme un frein important (36 %) au développement des voitures autonomes. Enfin, 23 % d’entre eux attendent des réponses en matière de protection des données personnelles enregistrées par la voiture autonome, ajoute Madame Leclerc.

Alexandra Frutos