Les Européens partent à l'assaut de l'Indonésie, bastion japonais

Tentant de compenser l'atonie de la demande sur le Vieux Continent, les constructeurs automobiles européens partent à l'assaut de l'Indonésie, un marché très prometteur de 240 millions d'habitants, mais souvent qualifié de "filiale de Toyota" tant les Japonais y sont dominants. En 2012, le marché automobile indonésien a bondi de 25 %, pour atteindre 1,1 million de voitures. Selon les prévisions, le quatrième pays le plus peuplé de la planète détrônera l'an prochain la Thaïlande, actuel premier marché automobile en Asie du Sud-Est avec 1,4 million d'unités. De plus, la marge de croissance reste grande : en Indonésie, le taux de motorisation est de seulement 45 véhicules pour 1 000 habitants, contre 145 pour 1 000 en Thaïlande. Et, avec une croissance annuelle moyenne supérieure à 6 %, l'Indonésie voit sa classe moyenne exploser. Selon une étude du cabinet Boston Consulting Group, elle doublera d'ici à 2020, pour atteindre 141 millions d'habitants.

Mercedes, BMW et Volkswagen ont tous pour projet d'investir dans l'archipel, mais les groupes préférent rester discrets. On sait seulement que Volkswagen, par exemple, prévoit de construire une usine dans les quatre ans à venir, pour un coût non divulgué. "L'ensemble des grands marques internationales sont déjà présentes en Indonésie et elles font d'importants investissements afin d'accroître leurs capacités de production", souligne Jessada Thongpak, analyste chez IHS à Jakarta.

Souvent considéré comme leur chasse gardée, le marché indonésien est monopolisé à 95 % par les constructeurs japonais. A eux seuls, Toyota et Daihatsu accaparent plus de la moitié des ventes, dopés par un accord de libre-échange qui exempte les voitures japonaises de tous droits de douane. Les véhicules européens importés sont en revanche frappés d'une taxe de 40 %, et de 10 à 15 % pour ceux assemblés sur place. L'Union européenne tente d'arracher un accord de libre-échange similaire mais les négociations sont lentes.

Pendant ce temps, les autres marques veulent elles aussi renforcer leur présence, à l'image de Chevrolet qui a décidé de rouvrir son usine près de Jakarta, afin d'y assembler 40.000 voitures par an, dont la Spin, un monospace spécialement conçu pour le marché indonésien. Conscients de faire l'objet d'une offensive tous azimuts, les constructeurs japonais consolident leur position. Toyota va ainsi construire une deuxième usine de 340 millions de dollars, afin de faire passer sa production de 110.000 à 180.000 véhicules par an, d'ici à la fin de cette année. De son côté, Renault-Nissan va quadrupler d'ici à 2014 son investissement dans son usine indonésienne, de 100 à 400 millions de dollars, faisant plus que doubler sa capacité de production (de 100.000 à 250.000 véhicules par an).

Pour contourner l'avantage douanier que les Japonais possèdent, les Européens tendent de privilégier les véhicules haut de gamme. Les voitures de luxe ou de sports européennes ne représentent actuellement que 1 % du marché mais ce segment est appelé à un bel avenir, la classe la plus aisée devant dépasser les 16 millions de personnes d'ici à 2020, contre environ six actuellement, selon le Boston Consulting Group. Un développement sur lequel mise McLaren, notamment. La marque britannique, qui produit des voitures ultra sportives basées sur ses Formule 1, ouvrira en mai une concession à Jakarta, voisine de celles des Jaguar et Bentley.

Juliette Rodrigues