Les Américains conduisent moins

Les Américains utilisent de moins en moins leur voiture, ce qui conduit les experts à se demander si l'attachement à l'automobile aux Etats-Unis a disparu.

Après avoir augmenté pendant des décennies, l’utilisation des véhicules dans ce pays - exprimée en miles parcourus collectivement ? a atteint un sommet en août 2007. Elle a ensuite chuté fortement pendant la récession et s'est globalement stabilisée depuis, malgré la reprise de l’économie et l’augmentation de la population. Plus parlant encore, selon une étude réalisée par deux économistes du ministère américain des Transports, le kilométrage moyen a atteint son plus haut niveau en juillet 2004, à un peu plus de 900 miles ou 1 450 kilomètres par mois ; en juillet 2012, il avait chuté à 820 miles ou 1 320 kilomètres, soit une baisse d’environ 9 %.

Selon les deux chercheurs, l’utilisation des véhicules a globalement suivi la croissance économique jusqu’au milieu des années 1990, mais l’économie a depuis progressé plus rapidement. La part des Américains âgés de moins de 40 ans qui détiennent le permis de conduire a en outre fortement diminué.

Les chercheurs sont divisés sur les raisons de ces évolutions. Pour une partie d'entre eux, les changements sont liés à l'économie. Les autres considèrent que les facteurs économiques sont importants, mais estiment que la baisse des déplacements reflète également des changements significatifs dans la façon dont les Américains voient l’automobile. Pour les navetteurs coincés dans les embouteillages, prendre la voiture n’est plus associé à un plaisir. Il est en outre compliqué de posséder une voiture en centre-ville et de se garer. « L’idée selon laquelle la voiture est synonyme de liberté, c’est fini », lance Nancy McGuckin, une analyste spécialisée dans le comportement des automobilistes. Et celle de la voiture comme symbole de masculinité est en perte de vitesse, ajoute-t-elle.

Les modes de vie changent également. Les gens achètent davantage sur internet, prennent plus les transports en commun, et marchent et font plus de vélo que par le passé. Le « réseautage » social peut en outre se substituer à des déplacements.

La démographie joue aussi un rôle. La plupart des Américains roulent le plus entre 45 et 55 ans ; or, la cohorte des baby boomers est désormais plus âgée et se déplace moins. Les jeunes pour leur part roulent de moins en moins. Ils sont moins nombreux à passer le permis de conduire et posséder une voiture est pour nombre d’entre eux hors de portée.

La baisse des déplacements en voiture a des conséquences importantes pour l’économie. Certaines d’entre elles, comme une moindre pollution, une moindre dépendance aux importations de pétrole, une diminution des embouteillages et de la mortalité routière, sont positives. Mais cette tendance implique également une baisse des recettes fiscales provenant des taxes sur les carburants et par ricochet une réduction des fonds dévolus à un réseau routier qui a beaucoup vieilli.

Frédérique Payneau