Le redressement de Tata, une course d'obstacles

Tata Motors a lancé deux modèles (la Zest et la Bolt) à l'occasion du Salon automobile de New Delhi, qui s'est tenu en février, mais la mort brutale de son directeur général exécutif complique un peu plus la relance du groupe, en chute libre sur son marché.

Les bénéfices de Tata Motors, filiale du conglomérat Tata, reposent quasi exclusivement sur ses marques de prestige britanniques Jaguar et Land Rover, réunies au sein de JLR, tandis que sa Nano, lancée comme la voiture la moins chère au monde, n'a jamais remporté le succès escompté. "En termes de profits, JLR est tout pour Tata Motors", relève M. Deepak Rathore, directeur du cabinet de conseil Emerging Markets Automotive Advisors. Les ventes de voitures de Tata sur le marché indien ont reculé de 28 % en janvier, à 10 974 unités, et celles de véhicules utilitaires de 36,6 %. Les consommateurs indiens, pour qui l'achat d'une voiture est une marque de réussite sociale, ont rejeté l'étiquette de véhicule bon marché de la Nano. En outre, la publication récente des résultats de la petite Nano aux essais de chocs Global NCAP n'ont pas contribué à améliorer son image : la Nano a obtenu la note zéro au test d'impact frontal, tout comme quatre autres petits modèles indiens.

Le directeur général Karl Slym, recruté en 2012 pour relancer le constructeur, n'a pas eu le temps d'imprimer durablement son empreinte. Son décès "est une perte énorme pour Tata Motors", estime M. Rathore. "Il avait les bonnes idées sur l'orientation à prendre pour Tata en termes de qualité de produit, de services et de nouveaux modèles", ajoute-t-il.

Karl Slym avait repris les rênes du groupe alors que le marché automobile indien a connu un brutal coup d'arrêt, en raison notamment du ralentissement de la croissance, de la hausse du prix de l'essence et des crédits de plus en plus chers. Le marché indien, sixième marché mondial, a ainsi chuté de 10 % en 2013, son premier recul depuis 11 ans.

Selon les analystes, les lacunes de Tata Motors en termes de qualité, de service et d'innovation remontent bien plus loin que le repli du marché indien. Fin 2013, M. Slym avait déclaré vouloir "continuer à relancer la gamme" de Tata Motors.
"Il était trop tôt pour parler de lui comme d'un as du redressement mais il était en train de mettre en place les changements nécessaires", estiment les analystes. M. Slym avait obtenu le feu vert du conseil d'administration pour mettre en place une nouvelle gamme jusqu'en 2020 et pour réorganiser la production et améliorer la qualité. "Lui trouver un successeur à la hauteur, qui connaisse comme lui le marché indien, va prendre un peu de temps", estime M. Rathore.

Juliette Rodrigues