Le point sur les « pneus verts »

Les pneus absorbent près de 30 % du carburant consommé par une voiture. Ils jouent donc un rôle important dans la réduction de la consommation des véhicules. De nombreux équipementiers et manufacturiers s’intéressent donc de plus en plus aux « pneus verts ». Ceux-ci permettent de réduire la consommation en carburant (ainsi que la pollution sonore) en optimisant la résistance au roulement. La demande pour ces pneus plus respectueux de l’environnement est en hausse constante et les constructeurs les utilisent donc de plus en plus sur leurs modèles.

Pour obtenir un « pneu vert », la méthode consiste à utiliser des matières premières d’origine végétale ou des matériaux recyclés afin de remplacer les produits à base de pétrole brut et le caoutchouc, utilisés dans les pneus traditionnels et particulièrement difficiles à retraiter une fois le pneu usé.
Outre un avantage écologique, réduire la quantité de pétrole brut utilisé pour la production des pneus présente également un avantage économique. En effet, l’Agence Internationale de l’Energie estime que l’usage du pétrole brut va augmenter de 20 % d’ici à 2030 (par rapport à 2017). Or, les réserves de combustibles fossiles s’épuisant, une hausse des prix est inévitable.

Continental a ainsi développé un pneu où le pétrole brut est remplacé par de l’huile de colza et où le polyester (présent dans la carcasse du pneu pour le renforcer) est remplacé par de la fibre de cellulose ou par de la rayonne. L’objectif de Continental est ? à terme ? de bannir complètement l’utilisation de matières premières d’origine fossile. Toutefois, cet objectif est difficile à mettre en place car il est inacceptable pour le manufacturier de revenir en arrière en ce qui concerne la résistance au roulement et l’adhérence. En effet, pour 50 % des Européens, la sécurité est le premier critère dans le choix d’un pneu (devant le prix et le respect de l’environnement). Continental estime donc qu’il faudra au moins 5 ans pour produire des pneus verts en série. Néanmoins, dès à présent, le groupe allemand utilise du caoutchouc recyclé dans ses pneumatiques. En outre, ses pneus actuels se composent à 45 % de matières premières qui ne sont pas dérivées du pétrole.

De son côté, Dunlop développe des pneus où le pétrole est remplacé par l’huile de soja. Selon le manufacturier, cette technologie permettrait d’augmenter le kilométrage potentiel du pneu de 10 %. En outre, un tel remplacement des produits pétroliers par de l’huile de soja dans le processus de fabrication des pneus permettrait de diminuer la consommation de pétrole brut de 26,5 millions de litres par an, uniquement au sein de Goodyear Dunlop.

De plus, Bridgestone et Cooper Tires se sont alliés à l’Université de l’Ohio pour trouver une alternative au caoutchouc, dont les ressources s’épuisent (en raison d’une exploitation trop intensive des hévéas), ce qui entraîne une hausse des prix. L’une des solutions pour remplacer le caoutchouc est d’utiliser le pissenlit russe (aussi appelé taraxacum kok-saghiz ou TKS), qui produit une sève aux propriétés proches du caoutchouc. Cette plante a l’avantage d’être facilement disponible. Cela libère également les manufacturiers d’une trop grande dépendance au caoutchouc naturel, qui provient généralement de pays instables politiquement.

Bridgestone a déjà présenté ? lors du Salon de Genève de 2013 ? un pneu fabriqué « à base de pissenlit » (ou autres plantes de la famille des Composées). Néanmoins, bien qu’ils permettent d’éviter l’utilisation du caoutchouc, ces pneus ne représenteraient pas une solution idéale selon la BUND (association de protection de l’environnement allemande). En effet, cela encouragerait la monoculture de colza ou de pissenlit, au détriment de l’environnement.

Par ailleurs, sans réellement parler de « pneus verts », il est possible d’utiliser de la silice plutôt que de l’alliage noir de carbone dans le processus de production des pneus, afin de limiter l’usage de matières premières d’origine fossile. Solvay (groupe de chimie belge) a inventé une silice hautement dispersible notamment utilisée par l’industrie manufacturière. Les pneus fabriqués avec cette silice durent plus longtemps et consomment moins (jusqu’à 7 % de carburant en moins), car la résistance au roulement est améliorée.

Cindy Lavrut