Le point sur l'histoire de Geely 1/2 : Des débuts à l'obtention de la licence de constructeur d'automobiles

L’histoire de Geely, actuellement premier constructeur chinois à capitaux privés, est avant l’histoire de son fondateur et président Li Shufu.

En 1984, ce fils de riziculteurs, se rend compte que posséder un réfrigérateur en Chine est devenu un signe extérieur de richesse très prisé des consommateurs chinois (250 000 en furent vendus en 1983, puis 735 000 en 1988). Il se lance donc dans la production de composants pour réfrigérateurs. En seulement trois ans (à fin 1986), l’entreprise nouvellement fondée de Li Shufu était estimée à une valeur de 400 à 500 millions de yuans (48 à 60 millions d’euros).

Dès 1987, Li Shufu passe à la production de réfrigérateurs (de la marque Arctic), mais face à la concurrence accrue, le gouvernement chinois décide de limiter à 41 le nombre d’entreprises qui se verront accorder une autorisation de produire des réfrigérateurs. L’entreprise de Li Shufu n’en fait pas partie.

L’entrepreneur se recycle alors en 1991 dans la production de panneaux en alliage d’aluminium (activité qu’il poursuit actuellement au sein du groupe Geely). Et, dès 1993, Li Shufu envisage de construire des voitures. Toutefois, en l’absence de la licence de constructeur accordée par l’Etat, l’homme d’affaires se rabat sur la production de deux-roues, principalement des scooters. Proposant ses scooters à des prix nettement inférieurs à ceux pratiqués par les importateurs taïwanais, le succès de l’entreprise de Li Shufu connaît un succès fulgurant.

Convaincu que le marché de la production automobile allait finir par se libéraliser en Chine (au moins en partie), Li Shufu a commencé à développer des véhicules, dans l’attente d’obtenir sa licence de constructeur d’automobiles. Pour tenter de convaincre le gouvernement de sa capacité à lancer une marque automobile, il a même investi 100 millions de yuans dans la recherche et développement, avant même de devenir réellement constructeur.

Li Shufu a commencé par embaucher trois personnes de son entreprise de production de deux-roues ayant une expérience dans l’automobile. Il a acheté plusieurs modèles Mercedes, BMW et Toyota, afin de les étudier et de s’en inspirer pour la conception de son futur véhicule.

Le constructeur en herbe a ensuite racheté une plateforme à Hong Qi, afin d’étudier la façon dont sont produites les voitures de série. En quelques mois, Li Shufu acquiert ainsi des connaissances de base sur la technologie automobile. Il aura cette phrase qui lui restera longtemps attachée : « Une voiture n’est qu’un moteur, quatre roues et deux sofas ».

Dans le milieu des années 1990, Li Shufu lance son premier modèle, une copie d’une Mercedes Classe E, déjà badgée Geely, et baptisée Yi Hao (pour Numéro Un). Le chef d’entreprise a vite réalisé que des voitures abordables avaient un fort potentiel sur un marché chinois où une classe moyenne commençait à peine à émerger. Il visa donc des prix de 70 000 yuans (8 400 euros), alors que les modèles les moins chers à l’époque étaient proposés à des tarifs de 100 000 yuans environ (12 000 euros).

A cette époque, Li Shufu acheta même un terrain à Linhai, afin d’y construire une future automobile, en prévision de l’obtention de la licence de constructeur. En outre, s’il échouait à obtenir cette licence, l’usine pourrait toujours lui servir à assembler des deux-roues. Plus tard, en 1997, lorsque le constructeur Deyang Prison Vehicle Factory (une usine implantée dans une prison) se déclara en faillite, Li Shufu le racheta et déménagea son outil de production à Linhai. Ainsi, fin 1997, il disposait d’une usine entièrement prête à produire des véhicules.

En 1998, le premier modèle assemblé dans l’usine de Linhai fut la HaoQing, basée sur une plateforme Daihatsu, dotée d’un moteur Toyota, d’une boîte de vitesses Fiat et d’une calandre copiée sur Mercedes. Le problème fut que sa marque Geely ne disposait pas de distributeur et la HaoQing était donc commercialisée dans le réseau de distribution de la marque de scooters de Li Shufu. De plus, la qualité du modèle était plus qu’insuffisante. La voiture n’était notamment pas étanche en cas de pluie !

Li Shufu renouvela donc ses effectifs en embauchant exclusivement du personnel qualifié. Il créa même deux Ecoles Techniques (à Zhejang en 1998 et à Pékin en 1999), afin d’attirer de jeunes diplômés.

Dès 1998, Li Shufu fonda une nouvelle usine à Ningbo, où il produisit son second modèle, la Mei Ri (ou Merrie à l’exportation).

Cindy Lavrut