Le parc automobile du Pérou explose, tandis que les tansports publics attendent une réforme

Lima, qui est l'une des plus chaotiques mégapoles d'Amérique latine, s'est attelée à une réforme en profondeur de son système de transports publics, mais peine à rattraper son retard considérable sur les autres capitales du continent. Malgré un riche centre historique, patrimoine culturel de l'humanité, et des hordes de touristes du monde entier, le transport à Lima reste un cauchemar pour ses quelque 10 millions d'habitants.

"C'est un véritable chaos, c'est le désordre, l'anarchie. Les autorités ne font tout simplement pas leur travail", maugrée le président de l'ONG Luz Ambar (Feu orange), Luis Quispe. Des autoroutes saturées, des rues bloquées, des habitants qui passent en moyenne deux heures par jour dans les transports publics et une absence totale de respect pour les règles de la circulation avec un nombre record d'accidents, sont le lot quotidien de la capitale péruvienne.

A titre de comparaison, Buenos Aires a inauguré sa première ligne de métro en 1913, São Paulo en 1974 et Santiago du Chili en 1975 avec un réseau qui couvre la totalité de leurs agglomérations respectives. A Lima, après qu'a été surmontée une affaire de corruption datant des années 80, la première ligne de métro a vu le jour en 2012, avec 34,6 kilomètres de rails, et d'autres lignes restent encore à l'étude. En attendant, 65 % des habitants de Lima restent insatisfaits des transports publics, selon une récente enquête réalisée par l'ONG "Lima, como vamos".

En 2010, un système de bus rapide, le "Metropolitano", a été mis en place, réduisant de près de moitié le temps de transport des usagers du nord au sud de Lima. Un autre système d'autobus, le "Corridor bleu", visant à remplacer les véhicules privés plus petits et souvent très anciens tels que les traditionnels "combis", a été mis en place mais les files d'attente sont interminables. Une nouvelle municipalité a pris les rênes de la capitale en janvier, et a estimé que les travaux lances par le maire précédent étaient improvisés et sans études préalables. "Nous voulons de meilleures conditions pour les transports et les utilisateurs", a asséné l'adjointe au nouveau maire, Patricia Juarez. Les nouveaux responsables municipaux ont parallèlement renouvelé leurs licences à des entreprises de transport contestées pour avoir accumulé un grand nombre d'accidents mortels. "Nous ne pouvons pas permettre qu'en plein XXIème siècle règne la loi de la jungle à Lima", a lancé le parlementaire Mesias Guevara, qui a indiqué que le nouveau maire de Lima, Luis Castañeda, devrait s'expliquer sur ses projets de réforme.

Lima a également attribué la concession des trois principales autoroutes de la capitale, saturées depuis des années - un projet de quelque 900 millions de dollars - au grand groupe industriel brésilien Odebrecht, géant de la construction-ingénierie. "Mais même si on construit une autoroute à 10 voies, les gens vont acheter plus de voitures et s'entasser sur la route. La ville se développe, la population améliore son pouvoir d'achat et la solution doit être une combinaison de nouvelles routes mais aussi d'amélioration des transports publics", reconnaît Jorge Barata, directeur général de Odebrecht Latinvest, chargé des investissements en infrastructures du conglomérat dans le reste de l'Amérique latine.

Avec une économie en pleine croissance, le parc de véhicules au Pérou a augmenté de 63 % ces dix dernières années, soit 2,2 millions de voitures, selon des chiffres de la Communauté andine, dont plus de la moitié circule dans la capitale.

Juliette Rodrigues