Le marché russe en chute libre : incident de parcours ou déclin programmé ?

Selon l’étude réalisée par l’Association des entreprises européennes, en mai 2014, le marché des véhicules particuliers et des utilitaires légers (VUL) en Russie a reculé de 12 % en mai, à 201 500 unités, avec notamment des chutes de 56 % pour Ford, de 40 % pour Citroën, de 37 % pour Peugeot, de 33 % pour SsangYong, de 31 % pour Chevrolet, de 29 % pour Opel, et de 19 % pour Volkswagen.

Les experts estiment que ces résultats témoignent avant tout de la stagnation de l’économie russe. Ils indiquent que la forte baisse des ventes "ne peut être expliquée par la seule chute du cours du rouble ou par la volatilité des marchés financiers, bien qu’elles aient pu constituer le déclencheur initial". "Le ralentissement économique et la baisse du cours du rouble ont impacté les prix des voitures, mais aussi le comportement des consommateurs", ajoute l’analyste de Frost & Sullivan Anna Ozdelen. Elle souligne que les consommateurs attendent la stabilisation de la situation et retardent les acquisitions. "La situation du marché automobile russe est un excellent indicateur de la santé économique. Si les ventes de voitures baissent, l’économie n’est pas tout à fait saine, on doit parler de stagnation ou de crise", déclare de son coté le cabinet Finam Management.

Le gouvernement russe a maintes fois déclaré que le marché automobile constituait l’une des priorités économiques du pays. Les autorités fédérales ont notamment poursuivi leur politique visant à attirer les constructeur d'automobiles étrangers afin qu’ils lancent leur production dans différentes régions du territoire. Ainsi, Ford fabrique ses voitures à Leningrad, Renault à Moscou, et Volkswagen dans la région de Kalouga. "Selon les dernières statistiques, l’offre sur le marché automobile est supérieure à la demande. Les marques qui ont ouvert leurs usines d’assemblage en Russie ont besoin du soutien du gouvernement, sans quoi elles devront freiner la production en attendant que les concessionnaires écoulent leurs stocks", explique Vladimir Mojenkov, vice-président d’AutoSpetsCenter.

Néanmoins, Anna Ozedelen estime que le marché automobile russe restera attractif pour les investisseurs étrangers, notamment en raison de son volume, de son parc automobile obsolète et de la croissance des revenus de la population. Elle explique que le segment le plus prometteur du marché est celui des véhicules tout terrain. Selon les informations de l’agence Autostat, les ventes de SUV ont augmenté de 4,7 % en avril 2014.

Il est à noter que, sur fond de baisse généralisée de la demande, le leader du marché russe AvtoVAZ a annoncé le lancement de son propre SUV. Il proposera trois crossovers Lada dérivés de modèles existants : les Lada Kalina Cross, Lada Largus Cross, et Lada 4x4 Urban. "La décision d’AvtoVAZ s’inscrit parfaitement dans la stratégie de développement du groupe, adoptée il y a plusieurs années, qui prévoit la création de nouveaux modèles de voitures et leur renouvellement régulier", indique Finam Management. Toutefois, l'évolution du marché automobile russe en 2014 "dépendra avant tout du développement de l’économie dans son ensemble", ajoute le cabinet.

Juliette Rodrigues