Le marché automobile indien fait encore rêver (2/2)

Si les petites voitures représentent la moitié environ du marché indien, un autre segment commence à se développer depuis un an et demi, celui des petits crossovers. Le Duster de Renault et l'EcoSport de Ford enregistrent des croissances nettement supérieures à celle du marché dans son ensemble. Outre le prix, c'est l'image du véhicule qui constitue un critère
d'achat. Les consommateurs indiens en veulent pour leur argent. "Nos clients sont jeunes, éduqués, ils ont une vision positive de l'avenir", souligne Vincent Cobee, vice-président de Datsun. "S'ils payent 5 000 euros pour leur voiture, ils la veulent moderne, fonctionnelle et recommandée par les voisins !". En Inde, tout ce que le client ne voit pas - de la conception à l'architecture en passant par la fabrication - doit être au plus bas prix, mais aucune concession n'est permise sur le design, la qualité ou les équipements favoris des Indiens. C'est ainsi qu'est née la Go, ajoute M. Cobee. "Je récuse le terme de low cost ; il ne faut pas sacrifier sur les niveaux d'équipements ni sur la valeur de la voiture, de la marque", précise-t-il. "L'Inde ressemble à l'Europe des années soixante", estime de son côté Laurens van den Acker, responsable du design chez Renault. "Les gens commencent à tomber amoureux de l'automobile. Quand ils en achètent une, c'est symbolique : ils font tout avec, emmènent leur famille...".

La voiture la plus vendue en Inde reste la Maruti Suzuki Alto 800, commercialisée pour moins de 400 000 roupies (4 690 euros). Ce qui n'exclut pas l'innovation. Pour bien s'insérer sur le marché automobile indien, "il faut s'adapter et mettre en place une structure identique à celle des constructeurs locaux, en sourçant localement au maximum les composants", analyse Raphaël Berthoud, directeur général de Faurecia Interior System.

Malgré un marché difficile, l'Inde continue d'attirer les groupes automobiles étrangers. Avec une pénétration faible de 16 voitures pour 1 000 habitants, contre 39 en Chine ou 382 pour 1 000 aux Etats-Unis, les perspectives sont bonnes, relèvent les industriels. Aussi, nombre d'entre eux prévoient de poursuivre le développement de leurs capacités locales.
Quelque 4,4 milliards de dollars ont été investis depuis deux ans dans de nouvelles capacités et 4,2 milliards devraient l'être au cours des deux prochaines années, selon Vikram Kirloskar, président de la SIAM (Association des constructeurs en Inde).

Renault se montre lui aussi optimiste sur les perspectives du marché, après le recul de 2013. "Il s'agit d'une pause normale après près de 10 ans de croissance", a estimé Sumit Sawhney, nouveau patron de Renault en Inde qui prévoit "un marché en 2014 légèrement supérieur à celui de 2013".
Mais à terme, "nous espérons une croissance semblable à celle qu'a connue le marché indien précédemment", a ajouté M. Sawhney. Le constructeur a profité du succès de son Duster, commercialisé depuis juillet 2012, pour s'arroger une part de marché de 2,6 % en 18 mois, devenant le premier constructeur européen du pays devant Volkswagen. Il va désormais faire porter ses efforts sur le segment des voitures à bas coût de moins de 400 000 roupies (environ 5 000 euros) qui représente la moitié du marché, en lançant un modèle sur ce créneau en 2015. Son allié Nissan fonde aussi de solides espoirs sur ce créneau avec sa marque Datsun relancée l'an dernier.

Juliette Rodrigues