Le marché automobile européen devrait poursuivre sa reprise, mais à un rythme modéré (2/2)

Fitch Ratings, qui avait prévu que le marché automobile européen enregistrerait une hausse de 4,5 % à 5 % sur l’ensemble de 2014, envisageait quant à lui à la fin de l’année écoulée une progression comprise entre 3 % et 4 % pour 2015. Le cabinet estimait que les mesures de restructuration et de réduction des coûts prises par les constructeurs depuis deux ou trois ans commençaient à porter leurs fruits, mais déplorait l’absence de reprise économique claire et durable, qui continue à entraver la demande de véhicules neufs en Europe.

Ernst&Young explique de son côté que l'année 2014 pourrait n'être qu'une éclaircie pour l'industrie automobile, les experts tablant sur une croissance beaucoup moins forte pour 2015, « plutôt de l'ordre de 1 % à 3% » et certains anticipant même une stagnation. « L'économie européenne reste en effet convalescente, avec une croissance faible, avec un niveau de chômage élevé. C'est plutôt 2014 qui a été une bonne surprise », estime le cabinet. « On voit que l'industrie automobile reste une industrie de produit, et que l'offre est un moyen de stimuler la demande. Le produit automobile reste un objet qui donne envie. Ce qui est plutôt rassurant pour les industriels. Sortir des nouveaux modèles attractifs est un moyen pour les généralistes de tirer leur épingle du jeu », ajoute E&Y.

Enfin, IHS Automotive prévoit pour 2015 une nouvelle croissance du marché automobile européen, de 2,5 %, à près de 12,9 millions d’unités. 2014 a mis un terme à la plus longue période de déclin qu’ait connu le marché automobile européen. « Toutefois, le patient est toujours convalescent et il ne faut pas s’attendre à ce qu’il se remette à courir tout de suite », tempère l’analyste Carlos Da Silva. « Nous ne nous attendons pas à un retour au niveau d’avant-crise, autour de 15,2 millions d’unités, avant la fin de la décennie, où nous serons plutôt à un million d’unités en dessous », prévient-il.

IHS Automotive explique que la croissance de 2014 a été portée par le besoin de renouvellement des flottes et par le rebond mécanique des marchés du sud, tombés tellement bas. Le marché a aussi été dynamisé par les promotions et le recours aux véhicules de démonstration et aux loueurs de courte durée, « des pratiques qui ne sont pas nouvelles, mais qui sont en augmentation », indique M. Da Silva. Il cite en exemple le marché allemand et ses 40 % d’immatriculations qui ne sont pas réalisées par des particuliers ou des entreprises. Parmi ces immatriculations indirectes, une sur quatre est faite par les constructeurs eux-mêmes, ce qui donne une image moins glorieuse de la croissance de 2,9 % enregistrée en 2014, après un étonnant rebond de 6,7 % réalisé au mois de décembre. De même, en Italie, les ventes aux loueurs de courte durée, qui ont représenté près de 20 % des ventes, contre 13 % en 2013, ont permis au marché de repasser dans le vert (+ 4,2 %) après 6 années de baisse. « Ces immatriculations indirectes sont préjudiciables à moyen terme, elles faussent les cycles de renouvellement et ont un effet négatif sur les prix du neuf comme de l’occasion », estime l’analyste.

Alexandra Frutos