Le marché automobile brésilien vit une période de transition (2/2)

Le consommateur brésilien rechigne à payer en option des équipements qu'il considère "de base". Ainsi, il existe au Brésil de nombreux modèles sans vitres électriques, sans direction hydraulique, sans désembuage arrière, etc. Les Clio, Uno, Palio, Gol, Celta, Fiesta, Ka et Sandero commercialisées sur le marché brésilien sont dénuées, dans leur version de base, de vitres électriques et de direction assistée. Les Gol, Uno et Sandero n'ayant, en outre, pas de désembuage arrière.

Quelle évolution pour une industrie qui, jusque très récemment, proposait le rétroviseur droit en option ? Le dispositif est de série depuis quelques années seulement, et parce que la législation l'impose. De même, les sacs gonflables et les systèmes de freinage ABS ne seront obligatoires qu'à partir de l'année prochaine, alors qu'ils ont été imposés depuis plusieurs années dans les pays industrialisés.

Ce dépouillement poussé à l'extrême sur les petites voitures d'entrée de gamme "brésiliennes", en particulier concernant les dispositifs de sécurité, n'est pas sans conséquences. Couplé à une conduite "latine" peu prudente, ce dépouillement a conduit à un taux de mortalité sur route quatre fois supérieur à celui observé aux Etats-Unis, comparé à la taille du parc de chacun des pays. De fait, les Etats-Unis et le Brésil évoluent, dans ce domaine, de manière diamétralement opposée : le taux de mortalité aux Etats-Unis a reculé de 40 % en 2010 par rapport à 2000, tandis qu'il a augmenté de 72 % au Brésil dans le même intervalle.

Ce n'est pas un hasard si les marques chinoises ont été très bien accueillies au Brésil. Elles sont arrivées en proposant des voitures relativement bien équipées de série, à des prix très compétitifs. L'impact auprès des automobilistes brésiliens a été tel que, en dépit des préjugés vis-à-vis des voitures chinoises et de la naturelle méfiance de ce qui est nouveau, JAC et Chery ont fait une percée spectaculaire sur le marché brésilien. Leur essor a toutefois été brutalement freiné par l'accroissement de 30 points du taux de l'IPI (taxe sur les produits industriels) décidé par le gouvernement, à la demande des constructeurs installés dans le pays. Mais ces mesures protectionnistes ne pourront pas être appliquées sur le long terme, ce qui pourrait contraindre les constructeurs locaux "traditionnels" à s'aligner sur cette nouvelle concurrence. On note déjà les prémices de cette tendance : 62 % des voitures vendues au Brésil en 2012 étaient dotées de la direction hydraulique, contre 39 % en 2000.

Juliette Rodrigues