Le directeur général d’Aliapur estime que le statut d’éco-organisme ne se justifie pas pour la filière pneus usagés

Eric Fabiew, directeur général d’Aliapur, estime que le statut d’éco-organisme ne se justifie pas pour la filière pneus usagés. Adopté par surprise par les députés, le statut d’éco-organisme pour la filière de recyclage des pneus usagés pourrait remettre en question son fonctionnement et son efficacité.

Filiale de sept manufacturiers (Bridgestone, Continental, Dunlop Goodyear, Kléber, Michelin, Pirelli), Aliapur, qui vient de fêter ses dix ans d’existence, collecte 300 000 tonnes de pneus usagés par an pour un coût maîtrisé, l’un des plus faibles parmi les filières européennes avec une éco-contribution de 1,35 euro pour les pneus VL, contre 1,58 euro en Espagne, 2,36 euros en Belgique et 2,80 euros en Italie. L’adoption par les députés de l’amendement écologiste imposant ce statut d’éco-organisme à toutes les filières REP (responsabilité élargie du producteur), et donc la filière pneu, s’est faite sans concertation dans le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire.

Eric Fabiew ne comprend pas non plus le fait que l’Etat ait soutenu cet amendement, alors qu’un nouveau décret concernant le fonctionnement de la filière du recyclage des pneumatiques, en préparation depuis 3 ans, vient d’être finalisé et avait écarté cette hypothèse. « Le ministère avec qui nous avons eu des discussions de bonnes qualités avait constaté que l’agrément n’était pas nécessaire », souligne-t-il.

Alors que le projet de loi est encore en discussion, le risque de voir cette disposition définitivement adoptée est bien réel. Cet amendement a en effet été adopté en première lecture par l’assemblée, alors que ces dispositions ne figuraient pas dans le projet de loi initial et dans le texte adopté par le Sénat en première lecture. Ce projet de loi sur l’économie sociale et solidaire qui revient désormais en deuxième lecture au Sénat y est en discussion depuis le 23 mai et l’amendement concerné devrait être examiné cette semaine.

M. Fabiew a donc décidé de mobiliser les acteurs du secteur automobile au sens large avec un courrier qui sera adressé aux élus concernés et qu’il souhaite faire signer par les manufacturiers actionnaires d’Aliapur, mais également différentes organisations professionnelles qui l’ont assuré de leur soutient et notamment le CNPA et le CCFA, ainsi que FRP, l’autre acteur de la filière pneus usagés. « Nous avons un système qui fonctionne bien, nous investissons dans la R&D chaque année, nous ne pourrons plus le faire dans ce statut d’éco-organisme », explique le dirigeant.

Si les élus maintiennent cette disposition, Eric Fabiew demandera carrément la dissolution de la société Aliapur. « Je vais proposer aux actionnaires la fermeture d’Aliapur et que chaque manufacturier exerce librement ses responsabilités », prévient-il. Une mesure extrême justifiée, dit-il, par l’absence de dialogue. « C’est parce que nous n’avons pas de capacité de dialogue que nous serons amenés à prendre des mesures extrêmes. Après le travail que nous avons fait, c’est un reniement et cela me fend le c’ur », ajoute-t-il. (AUTOACTU.COM 26/5/14)

Alexandra Frutos