Le développement des "crossovers" est-il durable ? (2/2)

Leurs caractéristiques stylistiques, "statutaires" et "pratiques" favorisent les ventes et l’installation durable des crossovers sur le marché. Mais elles ne suffisent pas à elles seules. Les crossovers ont bien failli être condamnés en 2008 au moment de la hausse du prix de l’essence à la pompe. Pour traverser la crise et favoriser le succès de leurs gammes de crossovers, les constructeurs ont recouru à diverses solutions techniques comme le downsizing (l’allègement et réduction de taille) ou le stop-and-start. Les constructeurs ont réussi leur pari. Les consommateurs ont répondu présent et la croissance du segment s’est confirmée. En l’espace de 25 ans (1998-2013), le marché des "Big 5" en Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne) a énormément changé. Les crossovers ont gagné 15 points de part de marché sur cette période, dont plus des deux-tiers sur les 10 dernières années. Dans ce contexte, les perdants sont les berlines 3 volumes qui ont reculé de 22 points en 25 ans, pour ne plus représenter que 5 % du marché des Big 5 en 2013. Les berlines à hayon perdent aussi du terrain (13 points en moins), mais conservent près de la moitié du marché. En Amérique du Nord, en Chine, en Russie, les crossovers gagnent aussi des parts de marché et les gammes s’étoffent.

Au salon de Pékin qui s’est tenu au mois d'avril, le nombre de SUV présentés était éloquent. Citroën a même présenté deux modèles, avec le DS 6WR et le CXR, avec un accueil favorable. Ces deux modèles auraient d'ailleurs leur place en Europe. D’autres constructeurs ont dans leurs cartons des modèles pour les années à venir. Par exemple, Volkswagen va agrandir sa gamme avec un crossover de segment B (le Taigun) et un autre de segment D (basé sur le concept Crossblue). Les constructeurs premium renforcent eux aussi leur offre avec des modèles dans chaque segment du B au E, avec pour chaque modèle une déclinaison "coupé" ou sportive comme les BMW X4 et X6 ou encore le futur Audi Q4.

En outre, les futures hybridations et autres systèmes alternatifs requièrent de la place (batteries principalement) et les crossovers semblent appropriés pour embarquer de tels systèmes. Le succès est mondial, sans distinction de maturité de marché, de fiscalité ou d’infrastructure. L’installation des crossovers dans le paysage automobile mondial devient durable. Seules une fiscalité défavorable et des règles d’homologation plus draconiennes pourraient constituer des barrières à la poursuite de leur succès.

Juliette Rodrigues