Le chaos thaïlandais inquiète le Japon et ses constructeurs d'automobiles

L'économie de la Thaïlande, qualifiée de "Téflon" en raison de sa capacité à résister aux troubles politiques, semble finalement rattrapée par une crise de six mois, sans issue en vue, qui fait fuir touristes et investisseurs étrangers. La deuxième économie d'Asie du Sud-Est après l'Indonésie semble cette fois payer son instabilité au prix fort. L'économie thaïlandaise s'est en effet contractée au premier trimestre de 2014, pour la première fois depuis des inondations historiques de 2011, conséquence de la perte de confiance des consommateurs. Le PIB s'est replié de 0,6 % par rapport à la même période de 2013, et les investissements de 9,8 %. Selon une étude de Toyota, les ventes de voitures dans le pays se sont en outre effondrées de 46 % au premier trimestre de 2014 en raison de l'atonie générale de l'économie et de la fin du programme gouvernemental d'aides à l'achat.

Les constructeurs japonais, notamment, qui ont massivement investi en Thaïlande ces dernières années pour contourner le risque chinois, s'inquiètent de l'aggravation de la crise politique dans ce pays où ils tiennent le haut du pavé.
"Nous avons de grandes inquiétudes face à la situation en Thaïlande", a souligné mardi le porte-parole du gouvernement japonais, Yoshihide Suga, quelques heures après l'imposition de la loi martiale par l'armée thaïlandaise. Le Japon est de loin le premier investisseur direct en Thaïlande. En 2013, les sociétés nippones y ont placé près de 6,9 milliards de dollars, plus de la moitié du total investi dans le pays.

Les groupes automobiles japonais fortement implantés en Thaïlande se montrent toutefois très peu loquaces face aux nouveaux événements. Toyota n'a ainsi fait aucun commentaire, un porte-parole expliquant simplement que l'activité dans ses trois usines locales était "normale". Près de 850 000 véhicules sont sortis de ses lignes d'assemblage thaïlandaises l'année dernière. "Nous étudions la situation", a déclaré de son côté un porte-parole de Nissan, sans se prononcer sur l'éventuel report de l'ouverture prévue cette année d'une deuxième usine en Thaïlande. Carlos Ghosn, président de Nissan, avait récemment affirmé que cette mise en service aurait lieu comme prévu, mais la situation a radicalement changé avec l'irruption des militaires. M. Ghosn avait aussi laissé entendre que le chaos politique thaïlandais pourrait peser sur de futures décisions d'implantation.
Chez Honda aussi, la construction d'une deuxième usine d'assemblage a débuté, en vue d'une ouverture en avril 2015. "Nous surveillons la situation politique, afin de pouvoir décider si nous allons continuer ou non ce projet", a prévenu un porte-parole.

"Les perspectives économiques de la Thaïlande dépendent fortement de la situation politique, qui est désormais dans une phase cruciale", commente l'institut Capital Economics. La précédente contraction de l'économie (2011) n'avait duré qu'un trimestre, avant que la croissance ne redémarre dès 2012. Mais cette-fois-ci, les analystes sont plus sceptiques. La confiance des consommateurs est à son plus bas niveau depuis 12 ans, selon des chiffres officiels. La production automobile vaut à la Thaïlande le surnom de "Detroit d'Asie du Sud-Est", mais ce statut semble de plus en plus précaire.

Juliette Rodrigues