Le Japon mise sur les hausses de salaires pour pérenniser la croissance

Le Japon annonce le retour de la croissance et table sur une hausse des salaires pour la pérenniser. Le produit intérieur brut de l'Archipel a progressé de 0,6 % au dernier trimestre de 2014, soit 2,2 % en glissement annuel. Cette progression sort le pays de la récession dans laquelle il était tombé, après les baisses de 7,1 % et 1,9 %, aux deuxième et troisième trimestres de 2014.

Les traditionnelles négociations salariales du printemps ("shunto") battent leur plein au Japon et se traduiront cette année par des hausses de salaires significatives, après des années de stagnation, voire de recul. Plusieurs grandes firmes japonaises ont ainsi annoncé d'importantes augmentations, conformément aux demandes du gouvernement et de la Banque du Japon (BoJ), qui n'ont eu de cesse de leur demander de partager les profits engrangés depuis le lancement des "Abenomics". Grandes bénéficiaires de la dépréciation du yen, elles avaient déjà donné le ton l'an passé en élevant les rémunérations fixes pour la première fois depuis des années. Elles ont fait dans l'ensemble mieux cette année.

Toyota, notamment, va accorder une augmentation salariale record à ses salariés. Le constructeur a proposé une hausse de 11 300 yens (88 euros) du salaire mensuel de base, un chiffre incluant 7 300 yens (57 euros) pour les promotions et l’ancienneté. L’augmentation de 3,2 % est la plus élevée depuis 2002. En légère hausse par rapport à 2014, les bonus d’été et d’hiver totaliseront 2 460 000 yens (19 144 euros). Le groupe, qui s'apprête à publier des bénéfices historiques à la faveur du yen faible, a expliqué vouloir "apporter sa contribution à l'économie japonaise", tout en soulignant qu'il s'agissait là d'un cru exceptionnel. Le directeur des ressources humaines de Toyota avait annoncé en janvier que l'entreprise allait modifier sa grille des salaires afin de mieux prendre en compte la performance des employés et de diminuer l'importance de l'ancienneté. Nissan, sensible lui aussi aux requêtes du gouvernement, a été encore plus généreux, élevant les émoluments de 5 000 yens (à comparer à 3 500 yens en 2014), une décision assortie de 5,7 mois de salaire en sus.

Dans l'autre secteur stratégique de l'électronique, les grandes entreprises, dont Hitachi, Panasonic et Toshiba, ont accepté d'élever les salaires de 3 000 yens, soit 1 000 de plus que durant l'exercice précédent.

Le gouvernement de Shinzo Abe, qui fait pression depuis des mois sur le secteur privé dans l'espoir d'étendre le cercle vertueux de ses "Abenomics", espère que ce mouvement influencera les petites et moyennes entreprises. Selon les économistes, elles auraient cependant tendance à se montrer plus prudentes, d'autant qu'elles ont souvent moins profité que les géants de l'affaiblissement du yen, et pour certaines en ont même souffert du fait du renchérissement des importations.

Juliette Rodrigues