Le Brésil s'apprête à connaître sa pire crise en un quart de siècle (1/2)

Après un PIB en hausse de 0,1 % en 2014, le Brésil s'attend à un recul de 0,8 % en 2015, ce qui marquerait la pire crise qu'il ait connue en un quart de siècle. Le Brésil a perdu de sa superbe, embourbé dans les scandales de corruption et une croissance en berne. Longtemps considéré comme la locomotive de l'Amérique latine, avec une croissance de 7,5 % en 2010, et puissance phare des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), le Brésil a fini 2014 sur une croissance nulle (+ 0,1 %) et devrait terminer cette année par une récession.

Le commerce extérieur continue d'être pénalisé par la baisse des prix des matières premières, le recul des investissements et le ralentissement de la consommation, moteur traditionnel de la croissance. "C'est le résultat de taux d'intérêts élevés, d'une inflation qui ne cesse de grimper - 7,7 % en février, niveau le plus élevé depuis 2005 - et du moral des ménages, en forte baisse", explique Juan Carlos Rodado, économiste de Natixis, spécialiste de l'Amérique latine. "Les efforts accomplis dans le combat contre l'inflation ne sont pas encore suffisants".

Les Brésiliens sont notamment sonnés par le cyclone Petrobras, scandale de corruption qui éclabousse le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff, réélue de justesse en octobre. Près de 2 millions de personnes, dont plus d’un million dans la capitale économique São Paulo, ont manifesté à la mi-février en réclamant le départ de Mme Rousseff. Ils sont également mécontents du virage de l'austérité pour enrayer la dégradation des finances publiques (déficit public à 6,75 % du PIB sur 2014). Les coupes dans les dépenses touchent aussi bien le programme social phare de l'ère Lula ("Bolsa Familia", qui pour la première fois a fait reculer la pauvreté et les inégalités), que les investissements publics, cruciaux pour améliorer les infrastructures défaillantes. Et ce, alors même que le Brésil souffre d'un déficit de compétitivité, d'un manque de productivité dans l'industrie et d'une défiance des investisseurs.

Ce sombre tableau se répercute sur le marché du travail. Les destructions d'emplois ont été sans précédent en janvier ; le taux de chômage a grimpé en février à 5,9 %, son plus haut niveau depuis février 2011. "Le marasme économique pourrait encore s'aggraver avec le resserrement monétaire de la Réserve fédérale américaine (FED) aux États-Unis", pronostique Juan Carlos Rodado.

Le secteur automobile, moteur clé de l'industrie brésilienne, n'est pas épargné par cette conjoncture peu favorable.


Juliette Rodrigues