Le Brésil s'apprête à connaître sa pire crise en un quart de siècle (2/2)

"La production de véhicules au Brésil a atteint en 2014 son plus bas niveau depuis cinq ans, ce qui a entraîné la perte de 12 400 emplois dans le secteur", souligne l'ANFAVEA (Association des constructeurs au Brésil). Les premiers mois de 2015 ne laissent augurer aucune amélioration. La production de véhicules dans le pays a en effet diminué de 13,7 % en janvier (à 204 751 unités) et de 28,9 % en février (à 200 111 unités). Le marché marque le pas lui aussi, avec des ventes en recul de 18,8 % en janvier (à 253 803 unités) et de 28,3 % en février (à 185 944 unités).

La situation commence à peser sur l'activité des usines et les constructeurs implantés localement sont contraints de prendre des dispositions pour s'adapter à cette demande en berne. Volkswagen, notamment, a interrompu la production dans son usine de Taubate pour une période de 3 semaines ; 4 200 salariés ont ainsi été mis en congés forcés pour baisse d’activité. L’usine de Taubate produit la compacte Gol, la berline Voyage et la petite citadine Up. La baisse des exportations vers l’Argentine a également contribué à cette décision. De son côté, General Motors a dû faire face, courant février, à une grève des 3 000 ouvriers de son usine de São José dos Campos. Selon le syndicat des métallurgistes de la région, la direction de General Motors ne donnait pas de garanties sur le maintien des emplois de 794 ouvriers dont le contrat de travail avait été suspendu pendant cinq mois et qui avaient repris leur activité la semaine du 9 février. Le constructeur avait en outre lancé début février un plan de départs volontaires. General Motors aurait reconnu vouloir licencier près de 700 personnes pour ajuster les effectifs de l’usine. Le constructeur a finalement renoncé à ces licenciements et le travail a repris au bout de six jours. Le site de São José dos Campos emploie actuellement quelque 5 300 ouvriers qui produisent des Chevrolet S10 et Trailblazer.

Mêmes difficultés chez les fournisseurs : une usine métallurgique a fermé en début d'année dans l’État de São Paulo, et les 770 travailleurs de l’usine qui réclamaient leurs salaires impayés ont été licenciés.

La crise actuelle du Brésil souligne la fragilité des transitions politiques depuis la chute des régimes militaires en Amérique latine il y a une vingtaine d’années. Même si l’Amérique latine ne retournera pas à ses vieux démons, ses dirigeants ne pourront pas s’épargner l’effort de nouvelles réformes politiques et d’un combat contre la corruption. Faute de quoi, la région sera gravement menacée de nouvelles crises institutionnelles qui mèneront les pays à la faillite.

Juliette Rodrigues