La voiture électrique, victime de son silence de fonctionnement, doit créer son bruit

Outre les multiples enjeux technologiques auxquels doivent répondre les constructeurs de voitures électriques, notamment en matière d’autonomie des batteries, une autre problématique pas si anodine qu’elle n’en a l’air fait son apparition : le bruit, ou le son artificiel que doit faire cette fameuse voiture électrique pour ne pas constituer un danger pour les piétons et satisfaire à la norme européenne qui a été créée à cet effet. Trop silencieux, les véhicules électriques sont en effet considérés comme un danger potentiel.

L'Union européenne a donc prévu qu'au 1er juillet 2019, tous les nouveaux modèles devront être équipés d'un système d'avertisseur sonore, de sorte qu'ils fassent approximativement le même bruit que les véhicules à moteur thermique. Il s’agit du projet eVADER (pour Electric Vehicle Alert for Detection and Emergency Response), qui vise à créer un signal sonore identifiable par tous, harmonisé, tout en limitant le niveau de nuisance sonore, et faire naître dans un consortium des solutions technologiques qu'un constructeur seul n'aurait pas pu développer. Le programme fixe des caractéristiques communes, mais laisse les constructeurs libres de leurs choix techniques. Cette règlementation concernera tous les véhicules hybrides et électriques produits après le 1er juillet 2021. La Commission économique des Nations-Unies pour l'Europe (CEE-ONU) devrait par ailleurs proposer en mars 2016 des recommandations pour une harmonisation au niveau mondial.

La Renault Zoé respecte déjà la future réglementation européenne. Pionnier en la matière, Renault faisait partie du consortium eVADER et en a piloté certains groupes de travail. Son système « Z.E. Voice » est implanté sur toutes les Zoé. Grâce à un petit haut-parleur placé dans le moteur, il diffuse automatiquement l'équivalent d'un bruit de moteur, modulé en fonction de la vitesse, jusqu'à 30 km/h. Trois sons sont disponibles (un « clinquant », un « sportif », un « neutre »). Le conducteur peut sélectionner celui de son choix grâce à une commande du tableau de bord.

« Nous avons travaillé avec l'Ircam (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) pour concevoir des sons qui soient suffisamment alertants, mais pas trop perturbants, et un peu futuristes », explique Thierry Schmitt, expert acoustique chez Renault, qui a piloté une partie du projet. Une des difficultés a consisté à réaliser le bon compromis entre détectabilité et gêne. En effet, « plus un son est désagréable, plus il est détectable. L'enjeu pour les véhicules électriques est d'être aussi détectables que les véhicules thermiques, mais avec des sons plus agréables », poursuit Thierry Schmitt.

Nissan, qui participait également au projet eVADER, a quant à lui créé un prototype de Leaf doté d'un signal sonore associé à six haut-parleurs et une caméra, fixée sur le pare-brise et programmée pour reconnaître les piétons et les cyclistes. Quand le système détecte un usager à alerter, le son est diffusé précisément dans sa direction.

Alexandra Frutos